Les investissements alternatifs ont connu une expansion sans précédent, passant de 4 000 milliards de dollars sous gestion en 2010 à plus de 16 000 milliards aujourd'hui — avec des projections autour de 28 000 milliards d'ici 2030, selon J.P. Morgan Asset Management. Cette trajectoire reflète une transformation structurelle des portefeuilles institutionnels et patrimoniaux, portée par deux dynamiques convergentes : la tendance des entreprises à rester plus longtemps dans le capital privé, et la quête de rendement dans un environnement de taux durablement contraints. Mais derrière ces chiffres impressionnants se cache une réalité moins flatteuse : la dispersion des performances entre gestionnaires est abyssale. Selon Wells Fargo Investment Institute, l'écart entre un fonds de capital-investissement de premier quartile et un fonds de dernier quartile peut atteindre 12,9 points de pourcentage annuels — contre seulement 1,5 point pour les fonds actions cotées. Ce différentiel transforme le choix du gestionnaire en décision d'investissement à part entière, bien plus déterminante que la simple allocation à la classe d'actifs. Un processus d'évaluation qui va au-delà des performances passées C'est précisément là que la due diligence — ou diligence raisonnable — prend toute sa dimension stratégique. Rob Kane, directeur des investissements alternatifs chez Commonwealth Financial Network, rappelle que ces actifs « élargissent la palette d'opportunités d'investissement, contribuant à la croissance, au revenu et à la diversification ». Mais élargir la palette sans affiner le regard analytique revient à naviguer à vue. L'évaluation rigoureuse d'un gestionnaire commence par une vérification indépendante de ses antécédents. Athas Kouvaras, …
Pourquoi la due diligence est cruciale dans les investissements alternatifs

Les investissements alternatifs ont connu une expansion sans précédent, passant de 4 000 milliards de dollars sous gestion en 2010 à plus de 16 000 milliards aujourd’hui — avec des projections autour de 28 000 milliards d’ici 2030, selon J.P. Morgan Asset Management. Cette trajectoire reflète une transformation structurelle des portefeuilles institutionnels et patrimoniaux, portée par deux dynamiques convergentes : la tendance des entreprises à rester plus longtemps dans le capital privé, et la quête de rendement dans un environnement de taux durablement contraints.
Mais derrière ces chiffres impressionnants se cache une réalité moins flatteuse : la dispersion des performances entre gestionnaires est abyssale. Selon Wells Fargo Investment Institute, l’écart entre un fonds de capital-investissement de premier quartile et un fonds de dernier quartile peut atteindre 12,9 points de pourcentage annuels — contre seulement 1,5 point pour les fonds actions cotées. Ce différentiel transforme le choix du gestionnaire en décision d’investissement à part entière, bien plus déterminante que la simple allocation à la classe d’actifs.
Un processus d’évaluation qui va au-delà des performances passées
C’est précisément là que la due diligence — ou diligence raisonnable — prend toute sa dimension stratégique. Rob Kane, directeur des investissements alternatifs chez Commonwealth Financial Network, rappelle que ces actifs « élargissent la palette d’opportunités d’investissement, contribuant à la croissance, au revenu et à la diversification ». Mais élargir la palette sans affiner le regard analytique revient à naviguer à vue.
L’évaluation rigoureuse d’un gestionnaire commence par une vérification indépendante de ses antécédents. Athas Kouvaras, de Richter Family Office, formule cette exigence avec une clarté désarmante : « Si toutes les informations viennent de la personne avec laquelle vous investissez, comment savez-vous qu’elles sont vraies ? Faites confiance, mais vérifiez. » Cette posture de scepticisme méthodique n’est pas une marque de défiance, c’est une discipline professionnelle. Elle implique de croiser les données déclaratives avec des sources tierces — auditeurs indépendants, références sectorielles, historiques réglementaires.
L’analyse des stratégies d’investissement constitue le deuxième pilier de cet exercice. Chris Carsley, chef des investissements chez Kirkland Capital Group, pose deux questions structurantes : « Cet investissement peut-il maintenir sa performance à travers les cycles ? Et l’équipe peut-elle gérer les phases baissières autant que haussières ? » Ces interrogations déplacent utilement le curseur des résultats passés vers la robustesse du processus et la qualité de l’équipe — deux variables bien plus prédictives sur longue période.
« Si toutes les informations viennent de la personne avec laquelle vous investissez, comment savez-vous qu’elles sont vraies ? Faites confiance, mais vérifiez. »
Les signaux d’alerte que les conseillers négligent trop souvent
Lance Murphy, président de FS2 Capital Partners, identifie trois marqueurs de vigilance concrets. Le premier est l’alignement d’intérêts : un gestionnaire qui investit ses propres capitaux aux côtés de ses clients — ce que les Anglo-Saxons nomment le skin in the game — offre une garantie comportementale que nul contrat ne peut pleinement remplacer. Le deuxième porte sur la valorisation du fonds : est-elle établie de manière indépendante et transparente, ou repose-t-elle sur des hypothèses favorables à la collecte ? Le troisième, souvent sous-estimé, concerne la politique de distribution : un fonds qui verse des distributions supérieures à ses flux de trésorerie réels pratique une forme de désépargne déguisée, signal préoccupant pour la soutenabilité du modèle.
Christopher Brodhead, d’Alesco Advisors, pointe une erreur systémique dans la profession : la surpondération des performances historiques au détriment d’une évaluation qualitative des gestionnaires. Dans un univers où les conditions de marché se renouvellent constamment, extrapoler les résultats passés sans interroger les moteurs sous-jacents constitue une faute analytique — et potentiellement fiduciaire.
Une discipline continue, pas un exercice ponctuel
La diligence raisonnable ne s’arrête pas à la décision d’investissement initiale. Elle implique un suivi régulier des engagements pris par les gestionnaires, une réévaluation périodique du profil de risque du fonds et une attention soutenue aux évolutions réglementaires et opérationnelles de la structure. La gestion des risques dans les actifs alternatifs est, par nature, un processus itératif.
Des études de cas documentées illustrent concrètement les bénéfices de cette rigueur. Goldman Sachs Asset Management a montré comment l’intégration d’actifs alternatifs dans un portefeuille traditionnel 60/40 peut améliorer le profil rendement-risque global, à condition que la sélection des véhicules soit conduite avec méthode. De même, des family offices ont démontré que l’adjonction de marchés privés et d’actifs réels à des portefeuilles concentrés renforce leur résilience face aux épisodes de volatilité — sans pour autant sacrifier la lisibilité de la stratégie patrimoniale.
Dans un univers où la dispersion des performances entre gestionnaires dépasse de loin celle observée sur les marchés cotés, la qualité du processus de sélection n’est pas un avantage compétitif secondaire. C’est le facteur déterminant de la création de valeur à long terme.











