Gestion d'actifs : quand la croissance des AUM devient un mirage de rentabilité Dans un secteur où l'encours géré a longtemps servi d'étalon-or du succès, une réalité moins flatteuse s'impose désormais aux gestionnaires d'actifs : la croissance des actifs sous gestion ne garantit plus la rentabilité. La compression structurelle des frais, combinée à une inflation des coûts d'exploitation, transforme silencieusement certaines stratégies de croissance en machines à détruire de la valeur. La compression des frais, un ciseau qui se referme Les chiffres sont éloquents. Selon le rapport PwC 2025 sur la gestion d'actifs et de patrimoine, les bénéfices par AUM ont chuté de 19 % depuis 2018, avec une nouvelle contraction de 9 % anticipée d'ici 2030. En 2023, malgré une progression moyenne de 9 % des encours — portée par la bonne tenue des marchés — les revenus du secteur ont reculé de 2 %, tandis que les bénéfices avant impôts se contractaient dans les mêmes proportions, selon McKinsey. Ce paradoxe s'explique en grande partie par la migration massive vers la gestion passive. En 2023, les ETF et fonds indiciels ont capté 70 % des flux nets de l'industrie des fonds, soit environ 920 milliards de dollars selon BCG. Ces véhicules, structurellement moins rémunérateurs pour les gérants, exercent une pression tarifaire sur l'ensemble de la chaîne, y compris sur la gestion active qui peine à justifier ses frais face à des performances souvent décevantes. Pendant ce temps, les coûts opérationnels progressent sans relâche. Toujours selon BCG, le total des …
Compression des frais : un tournant décisif pour les gestionnaires d’actifs

Gestion d’actifs : quand la croissance des AUM devient un mirage de rentabilité
Dans un secteur où l’encours géré a longtemps servi d’étalon-or du succès, une réalité moins flatteuse s’impose désormais aux gestionnaires d’actifs : la croissance des actifs sous gestion ne garantit plus la rentabilité. La compression structurelle des frais, combinée à une inflation des coûts d’exploitation, transforme silencieusement certaines stratégies de croissance en machines à détruire de la valeur.
La compression des frais, un ciseau qui se referme
Les chiffres sont éloquents. Selon le rapport PwC 2025 sur la gestion d’actifs et de patrimoine, les bénéfices par AUM ont chuté de 19 % depuis 2018, avec une nouvelle contraction de 9 % anticipée d’ici 2030. En 2023, malgré une progression moyenne de 9 % des encours — portée par la bonne tenue des marchés — les revenus du secteur ont reculé de 2 %, tandis que les bénéfices avant impôts se contractaient dans les mêmes proportions, selon McKinsey.
Ce paradoxe s’explique en grande partie par la migration massive vers la gestion passive. En 2023, les ETF et fonds indiciels ont capté 70 % des flux nets de l’industrie des fonds, soit environ 920 milliards de dollars selon BCG. Ces véhicules, structurellement moins rémunérateurs pour les gérants, exercent une pression tarifaire sur l’ensemble de la chaîne, y compris sur la gestion active qui peine à justifier ses frais face à des performances souvent décevantes.
Pendant ce temps, les coûts opérationnels progressent sans relâche. Toujours selon BCG, le total des charges de l’industrie a atteint 167 milliards de dollars en 2024, en hausse de 12 milliards sur un an — soit +7 % — avec des accélérations marquées dans la technologie (+9 %), la gestion des investissements (+8 %) et la distribution (+8 %). Le ciseau entre revenus comprimés et coûts en expansion se referme méthodiquement.
L’efficacité opérationnelle, seule réponse structurelle
Face à cette dynamique, les experts convergent vers un diagnostic commun : l’optimisation des coûts n’est plus un levier d’ajustement conjoncturel, c’est une condition de survie. Roland Berger estime que des stratégies d’optimisation à 360° du cycle de vie des produits peuvent générer jusqu’à 30 % d’économies. Un chiffre à manier avec prudence — il dépend fortement de la maturité opérationnelle de chaque établissement — mais qui illustre l’ampleur des gains potentiels pour les structures encore peu rationalisées.
La consolidation s’impose comme l’une des réponses les plus directes à la pression sur les marges. Les fusions-acquisitions permettent de mutualiser les infrastructures technologiques, de partager les coûts de distribution et de dégager des synergies sur les fonctions support. Dans un secteur où les coûts fixes sont élevés, l’effet de levier opérationnel joue à plein dès lors que les encours atteignent une masse critique suffisante.
La diversification vers les actifs alternatifs — capital-investissement, dette privée, infrastructures — constitue l’autre axe de résistance. Ces classes d’actifs, structurellement moins exposées à la concurrence des ETF, permettent de maintenir des niveaux de frais plus élevés et de reconstituer des marges que la gestion traditionnelle ne peut plus offrir. Environ la moitié des gestionnaires envisagent par ailleurs de nouer des partenariats avec des acteurs fintech pour construire des écosystèmes technologiques capables de réduire les coûts de traitement et d’améliorer l’expérience client.
« pour des décennies, AUM et flux ont été la mesure par défaut du succès. »
Repenser la mesure du succès
Le vrai changement de paradigme est peut-être là : cesser de piloter l’activité à l’aune des seuls encours. Cette métrique, pertinente dans un environnement de frais stables, devient trompeuse lorsque chaque milliard d’encours supplémentaire génère moins de revenus qu’il n’en coûte à gérer et à distribuer.
Les gestionnaires les mieux positionnés pour traverser cette période de compression sont ceux qui auront su articuler trois leviers simultanément : une discipline budgétaire rigoureuse sur les dépenses fixes, une montée en gamme vers des produits à valeur ajoutée réelle, et une intégration technologique capable de réduire le coût unitaire de gestion sans dégrader la qualité de service. Ce triptyque n’a rien de révolutionnaire — mais son exécution simultanée, dans un contexte de marchés volatils et de pression réglementaire croissante, constitue le véritable défi stratégique du secteur pour la décennie à venir.











