Les entrepreneurs face à l'IA : optimisme mesuré ou euphorie prématurée ? Dans un environnement économique secoué par les tensions géopolitiques et l'instabilité des marchés, une enquête mondiale publiée par UBS dresse un portrait surprenant : celui d'entrepreneurs résolument optimistes. Sur les 215 dirigeants interrogés — représentant collectivement 34,3 milliards de dollars de revenus annuels — 68 % se déclarent confiants quant à l'avenir de leurs affaires. Un chiffre qui mérite d'être décortiqué, tant il contraste avec le climat ambiant. Un optimisme géographiquement contrasté Cet optimisme n'est pas uniformément réparti. Les entrepreneurs suisses se distinguent avec un taux de confiance atteignant 83 %, suivis de leurs homologues européens à 74 %. Deux moteurs principaux alimentent cette confiance : la robustesse de la demande client et les avancées technologiques, au premier rang desquelles l'intelligence artificielle. Sur le front de l'emploi, plus de la moitié des répondants envisagent d'augmenter leurs effectifs dès l'année prochaine, et 80 % projettent une croissance de leurs équipes à cinq ans, avec une concentration marquée dans les secteurs technologique et de la santé. Ces projections appellent toutefois à la prudence. Une enquête conduite auprès d'un échantillon de 215 entrepreneurs — aussi prospères soient-ils — ne saurait constituer un baromètre représentatif de l'ensemble du tissu entrepreneurial mondial. Le biais de sélection est ici structurel : les dirigeants qui acceptent de répondre à une enquête UBS ne sont pas les mêmes que ceux qui ferment boutique. L'IA, moteur de croissance ou effet d'annonce ? C'est sur le terrain de …
La technologie, moteur d’optimisme entrepreneurial face aux incertitudes

Les entrepreneurs face à l’IA : optimisme mesuré ou euphorie prématurée ?
Dans un environnement économique secoué par les tensions géopolitiques et l’instabilité des marchés, une enquête mondiale publiée par UBS dresse un portrait surprenant : celui d’entrepreneurs résolument optimistes. Sur les 215 dirigeants interrogés — représentant collectivement 34,3 milliards de dollars de revenus annuels — 68 % se déclarent confiants quant à l’avenir de leurs affaires. Un chiffre qui mérite d’être décortiqué, tant il contraste avec le climat ambiant.
Un optimisme géographiquement contrasté
Cet optimisme n’est pas uniformément réparti. Les entrepreneurs suisses se distinguent avec un taux de confiance atteignant 83 %, suivis de leurs homologues européens à 74 %. Deux moteurs principaux alimentent cette confiance : la robustesse de la demande client et les avancées technologiques, au premier rang desquelles l’intelligence artificielle. Sur le front de l’emploi, plus de la moitié des répondants envisagent d’augmenter leurs effectifs dès l’année prochaine, et 80 % projettent une croissance de leurs équipes à cinq ans, avec une concentration marquée dans les secteurs technologique et de la santé.
Ces projections appellent toutefois à la prudence. Une enquête conduite auprès d’un échantillon de 215 entrepreneurs — aussi prospères soient-ils — ne saurait constituer un baromètre représentatif de l’ensemble du tissu entrepreneurial mondial. Le biais de sélection est ici structurel : les dirigeants qui acceptent de répondre à une enquête UBS ne sont pas les mêmes que ceux qui ferment boutique.
L’IA, moteur de croissance ou effet d’annonce ?
C’est sur le terrain de l’intelligence artificielle que les ambitions s’expriment avec le plus de force. 61 % des entrepreneurs interrogés considèrent l’IA comme la principale opportunité commerciale du moment, devançant toutes les autres technologies émergentes. Delwin Kurnia Limas, cité dans l’étude, résume ce sentiment en qualifiant l’IA d’« opportunité commerciale la plus convaincante parmi les technologies émergentes ».
Les cas d’usage concrets ne manquent pas pour étayer cette conviction. Alibaba a recours à l’IA générative pour produire des visuels produits à partir de descriptions textuelles, avec des effets mesurables sur les taux de conversion. Klarna a réduit de deux mois ses délais de production de contenus marketing. H&M expérimente les « jumeaux numériques » de ses mannequins, affichant une réduction de 25 % des coûts de campagne. Starbucks exploite l’analyse prédictive pour anticiper les commandes en croisant historique d’achat et données météorologiques. Netflix, enfin, attribue à ses algorithmes de recommandation plus de 80 % des contenus visionnés sur sa plateforme.
Ces exemples illustrent des gains d’efficacité opérationnelle réels — mais ils émanent quasi exclusivement de grandes entreprises disposant de ressources considérables en données et en ingénierie. Leur transposabilité aux PME et aux startups en phase de croissance reste une question ouverte, que l’enquête UBS n’aborde pas frontalement.
Le talon d’Achille : la pénurie de compétences
L’enthousiasme pour l’IA bute sur un obstacle concret que les entrepreneurs eux-mêmes reconnaissent : 46 % d’entre eux signalent un manque de personnel qualifié en IA comme frein majeur à leur développement. Ce chiffre révèle une tension structurelle entre l’ambition technologique affichée et la capacité réelle à la déployer. Vouloir intégrer l’IA dans ses processus est une chose ; disposer des équipes capables de l’implémenter, de la maintenir et d’en gouverner les risques en est une autre.
Cette pénurie de compétences n’est pas conjoncturelle. Elle reflète un déséquilibre profond entre la vitesse d’adoption des outils d’IA et le rythme de formation des talents spécialisés — un défi que ni les grandes écoles ni les universités ne semblent encore en mesure de résoudre à l’échelle requise.
Ce que l’optimisme ne dit pas
L’enquête UBS offre un instantané utile de l’état d’esprit entrepreneurial mondial, mais elle souffre des limites inhérentes à ce type d’exercice. L’optimisme déclaré ne préjuge pas des résultats effectifs : l’histoire économique regorge de cycles où la confiance des dirigeants a précédé des corrections douloureuses. Par ailleurs, les risques liés à l’adoption précipitée de l’IA — coûts d’infrastructure, enjeux de souveraineté des données, questions éthiques et réglementaires — sont largement absents du tableau dressé par l’étude.
« Que cette ambition se traduise en croissance durable dépendra moins de l’enthousiasme affiché que de la rigueur avec laquelle ces dirigeants sauront arbitrer entre innovation et maîtrise des risques. »
Ce qui se dessine néanmoins, c’est une transformation profonde des modèles d’affaires, portée par des entrepreneurs qui ne se contentent plus d’optimiser l’existant mais cherchent à réinventer leurs marchés.










