Entrepreneurs 2023 : entre ambition mondiale et pari sur l'IA Selon une enquête UBS, près de la moitié des entrepreneurs envisagent de s'implanter ou d'étendre leurs activités à l'international en 2023. Un chiffre qui traduit une ambition réelle, dans un contexte pourtant alourdi par les tensions géopolitiques et l'accélération technologique. « Les entrepreneurs entrent dans cette année avec une résilience remarquable et un nouveau sens de l'ambition », résume Benjamin Cavalli, responsable de la clientèle entrepreneur chez UBS. Ce volontarisme mérite toutefois d'être lu avec nuance : l'optimisme déclaratif ne préjuge pas des résultats effectifs, et les enquêtes d'intention surestiment structurellement les projections de croissance. Un optimisme mesuré, mais ancré dans les données Les indicateurs de confiance entrepreneuriale sont orientés à la hausse. Selon l'Entrepreneurs' Forum, 83 % des entrepreneurs se déclaraient optimistes quant à leurs perspectives pour 2023, contre 73 % l'année précédente. Dans ce même sondage, 58 % prévoyaient d'embaucher dans les douze mois suivants, dont 24 % avec une hausse d'effectifs supérieure à 20 %. Plus significatif encore : 41 % anticipaient une croissance de leur chiffre d'affaires de plus de 20 % sur la période. Ces chiffres doivent être mis en perspective. Les enquêtes de sentiment entrepreneurial mesurent des intentions, pas des réalisations. L'écart entre les projections déclarées et les performances effectives est documenté dans la littérature économique — les biais d'optimisme sont particulièrement prononcés chez les fondateurs. Cela dit, la tendance haussière par rapport à 2022 reflète un vrai regain de confiance, probablement lié à …
Stratégies de croissance des entrepreneurs face aux défis géopolitiques : le rôle de l’IA et de la mobilité géographique

Entrepreneurs 2023 : entre ambition mondiale et pari sur l’IA
Selon une enquête UBS, près de la moitié des entrepreneurs envisagent de s’implanter ou d’étendre leurs activités à l’international en 2023. Un chiffre qui traduit une ambition réelle, dans un contexte pourtant alourdi par les tensions géopolitiques et l’accélération technologique. « Les entrepreneurs entrent dans cette année avec une résilience remarquable et un nouveau sens de l’ambition », résume Benjamin Cavalli, responsable de la clientèle entrepreneur chez UBS. Ce volontarisme mérite toutefois d’être lu avec nuance : l’optimisme déclaratif ne préjuge pas des résultats effectifs, et les enquêtes d’intention surestiment structurellement les projections de croissance.
Un optimisme mesuré, mais ancré dans les données
Les indicateurs de confiance entrepreneuriale sont orientés à la hausse. Selon l’Entrepreneurs’ Forum, 83 % des entrepreneurs se déclaraient optimistes quant à leurs perspectives pour 2023, contre 73 % l’année précédente. Dans ce même sondage, 58 % prévoyaient d’embaucher dans les douze mois suivants, dont 24 % avec une hausse d’effectifs supérieure à 20 %. Plus significatif encore : 41 % anticipaient une croissance de leur chiffre d’affaires de plus de 20 % sur la période.
Ces chiffres doivent être mis en perspective. Les enquêtes de sentiment entrepreneurial mesurent des intentions, pas des réalisations. L’écart entre les projections déclarées et les performances effectives est documenté dans la littérature économique — les biais d’optimisme sont particulièrement prononcés chez les fondateurs. Cela dit, la tendance haussière par rapport à 2022 reflète un vrai regain de confiance, probablement lié à la normalisation post-Covid des chaînes d’approvisionnement et à la stabilisation relative des marchés financiers en début d’année.
Par ailleurs, 32 % des entrepreneurs envisageaient de se retirer dans les cinq ans, un signal de planification successorale qui mérite attention : dans un contexte de valorisations sous pression, la fenêtre de sortie optimale est un calcul délicat, souvent sous-estimé dans les stratégies patrimoniales des dirigeants.
L’IA comme levier opérationnel, pas comme baguette magique
L’intégration de l’intelligence artificielle dans les stratégies entrepreneuriales s’est accélérée de façon spectaculaire. Selon plusieurs sources sectorielles, 78 % des entreprises mondiales auraient intégré des outils d’IA dans leurs opérations d’ici 2025, et près de 89 % des petites entreprises américaines déclarent utiliser ces technologies au quotidien. Les économies générées par ces outils sont estimées à 273,5 milliards de dollars annuels pour les seules PME américaines, selon le SBE Council.
Ces chiffres impressionnent, mais appellent à la prudence méthodologique. Les définitions de « l’utilisation de l’IA » varient considérablement d’une étude à l’autre — un simple outil de correction orthographique basé sur le machine learning peut suffire à cocher la case. La distinction entre adoption superficielle et intégration structurelle dans les processus métier est rarement opérée dans ces enquêtes.
Ce que les données révèlent en revanche de façon cohérente, c’est la prédominance des cas d’usage à faible complexité : chatbots de service client, génération de contenu marketing, analyse prédictive de la demande. Comme le souligne Delwin Kurnia Limas, entrepreneur spécialisé dans la transformation digitale, « les entreprises priorisent les cas d’utilisation de l’IA à faible complexité qui améliorent l’efficacité opérationnelle ». Cette approche pragmatique est économiquement rationnelle pour des structures aux ressources limitées, mais elle ne constitue pas encore un avantage concurrentiel durable — dès lors que ces outils sont accessibles à tous, la différenciation se déplace vers la qualité d’exécution et la donnée propriétaire.
Côté financement, les investissements mondiaux en capital-risque fléchés vers l’IA ont atteint environ 50,4 milliards de dollars, représentant 37 % de l’ensemble des financements VC à l’échelle mondiale. L’IA générative concentre à elle seule 25,2 milliards de dollars. Ces flux massifs alimentent l’innovation, mais soulèvent aussi la question d’une potentielle surchauffe sectorielle — les valorisations de nombreuses startups IA reposent sur des projections de revenus encore très spéculatives.
La mobilité géographique, un levier stratégique sous-estimé
Au-delà de la technologie, l’expansion internationale constitue l’autre axe majeur des stratégies entrepreneuriales de 2023. Selon une étude Kreston BSG de 2024, plus de 50 % des entreprises interrogées citent l’accès à de nouveaux marchés comme principal moteur de leur internationalisation, tandis qu’un tiers évoque la recherche d’un avantage concurrentiel.
La mobilité géographique génère des effets de réseau documentés : proximité avec les marchés cibles, réduction des coûts logistiques, accès à des écosystèmes d’innovation locaux. L’essor du télétravail a par ailleurs desserré la contrainte de localisation, permettant à des structures légères de rayonner depuis des géographies variées sans les coûts fixes d’une implantation physique lourde.
Les entrepreneurs à profil international présentent également des avantages spécifiques : leurs réseaux transfrontaliers facilitent les partenariats et améliorent les performances à l’export, comme le montrent plusieurs travaux académiques récents. Cette réalité contraste avec les discours protectionnistes qui tendent à présenter la mobilité des talents et des capitaux comme une menace plutôt que comme un moteur de création de valeur.
Les défis restent réels : complexité juridique des implantations multi-juridictionnelles, intégration culturelle, gestion des risques de change et de conformité réglementaire. En France notamment, l’internationalisation d’une PME implique une vigilance accrue sur les questions de prix de transfert, d’établissement stable et de fiscalité des dirigeants expatriés — des sujets que les enquêtes d’optimisme entrepreneurial n’abordent généralement pas.
Ce que l’enthousiasme ne dit pas
L’image d’ensemble est celle d’une communauté entrepreneuriale mondiale qui aborde 2023 avec une confiance retrouvée, armée de nouveaux outils technologiques et d’une appétence réelle pour l’expansion internationale. Mais l’optimisme déclaratif a ses limites : il ne dit rien des taux d’échec effectifs, des difficultés de financement dans un contexte de remontée des taux, ni des inégalités profondes d’accès aux ressources entre grandes métropoles et territoires périphériques.
« L’intelligence artificielle et la mobilité géographique sont des leviers réels — à condition d’être mobilisés avec discernement, dans le cadre d’une stratégie cohérente plutôt que comme réponses réflexes aux injonctions du moment. »
Les entrepreneurs qui tireront leur épingle du jeu seront moins ceux qui auront adopté le plus d’outils, que ceux qui auront su choisir les bons, au bon moment, pour les bons usages.











