Gestion d'actifs : pourquoi l'AUM n'est plus une mesure de succès fiable Les actifs sous gestion ont longtemps fonctionné comme le thermomètre universel de l'industrie de la gestion d'actifs et de patrimoine. Un chiffre rond, facilement communicable aux investisseurs, aux analystes, aux journalistes. Mais derrière cette simplicité apparente se cache une distorsion croissante entre ce que mesure l'AUM et ce qu'il est censé représenter : la santé réelle d'une entreprise. Roland Kastoun, responsable de l'Asset and Wealth Management chez PwC, formule le diagnostic sans détour : « Pour des décennies, AUM et flux nets ont été la mesure de succès par défaut de l'industrie. Les entreprises qui prospéreront traiteront l'AUM comme un résultat, pas comme un objectif. » Une distinction qui peut sembler sémantique, mais qui engage en réalité une refonte profonde des priorités stratégiques du secteur. Quand la croissance masque le déclin Le problème central est structurel. La croissance des AUM peut résulter, pour une large part, de l'appréciation mécanique des marchés plutôt que d'une collecte nette réelle. Un gestionnaire dont les encours progressent de 15 % dans un marché actions en hausse de 20 % perd en réalité des parts de marché — mais ses indicateurs de surface restent flatteurs. De même, les flux nets, censés mesurer l'attractivité commerciale d'une société, échouent à capturer la réalité économique dès lors que les capitaux migrent massivement vers des véhicules à faibles coûts : ETF indiciels, fonds passifs, mandats à frais compressés. La compression des marges est le corollaire inévitable de …
Pourquoi la gestion de patrimoine doit réviser ses indicateurs de succès

Gestion d’actifs : pourquoi l’AUM n’est plus une mesure de succès fiable
Les actifs sous gestion ont longtemps fonctionné comme le thermomètre universel de l’industrie de la gestion d’actifs et de patrimoine. Un chiffre rond, facilement communicable aux investisseurs, aux analystes, aux journalistes. Mais derrière cette simplicité apparente se cache une distorsion croissante entre ce que mesure l’AUM et ce qu’il est censé représenter : la santé réelle d’une entreprise.
Roland Kastoun, responsable de l’Asset and Wealth Management chez PwC, formule le diagnostic sans détour : « Pour des décennies, AUM et flux nets ont été la mesure de succès par défaut de l’industrie. Les entreprises qui prospéreront traiteront l’AUM comme un résultat, pas comme un objectif. » Une distinction qui peut sembler sémantique, mais qui engage en réalité une refonte profonde des priorités stratégiques du secteur.
Quand la croissance masque le déclin
Le problème central est structurel. La croissance des AUM peut résulter, pour une large part, de l’appréciation mécanique des marchés plutôt que d’une collecte nette réelle. Un gestionnaire dont les encours progressent de 15 % dans un marché actions en hausse de 20 % perd en réalité des parts de marché — mais ses indicateurs de surface restent flatteurs. De même, les flux nets, censés mesurer l’attractivité commerciale d’une société, échouent à capturer la réalité économique dès lors que les capitaux migrent massivement vers des véhicules à faibles coûts : ETF indiciels, fonds passifs, mandats à frais compressés.
La compression des marges est le corollaire inévitable de cette dynamique. La croissance des encours ne se traduit plus automatiquement en croissance des revenus, et encore moins en rentabilité. Selon PwC, une fraction significative des acteurs du secteur continuent pourtant de piloter leur développement sur la base de ces indicateurs défaillants, s’exposant à une illusion de prospérité que le premier retournement de marché suffit à dissiper.
Des métriques qui mesurent ce qui compte vraiment
Face à ces insuffisances, les entreprises les plus rigoureuses opèrent une bascule vers des indicateurs de rentabilité opérationnelle récurrente : revenu net ajusté, bénéfices liés aux frais de gestion, ratio coûts-revenus corrigé des effets de marché. Ces métriques partagent une propriété essentielle : elles mesurent ce que l’entreprise génère par elle-même, indépendamment des vents porteurs ou contraires des marchés financiers.
Cette logique se retrouve dans les évolutions observées chez plusieurs catégories d’acteurs. Les conseillers en investissements enregistrés (RIA) aux États-Unis intègrent désormais dans leurs tableaux de bord le nombre de clients actifs, la profondeur des services délivrés et la rétention des équipes — autant de variables qui reflètent la solidité d’un modèle économique mieux que ne le ferait un encours agrégé. Certaines sociétés de gestion mondiales, citées par S&P Global Market Intelligence, ont démontré qu’une analyse de portefeuille robuste et une communication transparente sur la performance constituent des leviers de différenciation durables, indépendants de la taille des encours.
La technologie comme révélateur, pas comme solution miracle
L’intégration des données et des outils analytiques avancés joue un rôle croissant dans cette transformation. PwC souligne dans son rapport Asset and Wealth Management Revolution 2023 que les leaders du secteur se repositionnent progressivement en entreprises technologiques, capables d’exploiter la donnée pour affiner leur connaissance client et optimiser leur efficacité opérationnelle. L’émergence des actifs tokenisés illustre cette capacité d’adaptation : répondre à une demande client évolutive sans nécessairement accroître les encours traditionnels.
Mais la technologie ne résout pas la question de fond. Elle peut amplifier l’efficacité d’un modèle sain comme accélérer la dégradation d’un modèle défaillant. La discipline stratégique — savoir où l’on crée de la valeur, pour qui, et à quel coût — reste la condition préalable à toute transformation réussie.
La vraie question que l’industrie évite
Le Boston Consulting Group formule l’enjeu avec une clarté bienvenue : « Les gagnants de la prochaine décennie ne seront pas ceux qui traverseront la tempête, mais ceux qui redéfiniront leur cap. »
« Les gagnants de la prochaine décennie ne seront pas ceux qui traverseront la tempête, mais ceux qui redéfiniront leur cap. »
Redéfinir son cap suppose d’accepter une question inconfortable : la croissance passée était-elle le fruit d’une création de valeur réelle, ou le simple reflet d’une marée montante ?
Pour les gestionnaires de patrimoine, la réponse à cette question conditionne la pertinence de leur modèle dans un environnement où la compression des marges, la montée en puissance des acteurs passifs et l’exigence accrue des clients rendent l’ancien paradigme intenable. Traiter l’AUM comme un résultat plutôt que comme un objectif n’est pas une nuance rhétorique — c’est le premier acte d’une stratégie orientée vers la durabilité économique réelle.











