L'entrepreneur face au monde : résilience, IA et risques géopolitiques Dans un climat économique mondial sous tension, les entrepreneurs font preuve d'une confiance qui surprend. Selon une enquête d'UBS, 68 % d'entre eux se déclarent optimistes pour l'année à venir, et 80 % prévoient d'augmenter leurs effectifs dans les cinq prochaines années. Les entreprises interrogées totalisent 34,3 milliards de dollars de revenus annuels — un périmètre qui donne du poids à ces projections. Loin d'un optimisme béat, cette posture traduit une adaptation stratégique à un environnement durablement instable. Un optimisme ancré dans l'action Cet état d'esprit ne se limite pas aux déclarations d'intention. Selon la même enquête, 45 % des entrepreneurs envisagent une expansion géographique vers de nouveaux marchés, tandis que l'investissement dans l'intelligence artificielle s'impose comme levier prioritaire de compétitivité. Benjamin Cavalli, responsable des clients stratégiques chez UBS, résume cette dynamique : « Les entrepreneurs abordent cette année avec une résilience remarquable et un nouveau sens de l'ambition. » « Les entrepreneurs abordent cette année avec une résilience remarquable et un nouveau sens de l'ambition. » Cette ambition se structure autour de cas d'usage concrets. Delwin Kurnia Limas, stratège en actions chez UBS, observe que « les entreprises privilégient actuellement les applications d'IA à faible complexité qui améliorent l'efficacité opérationnelle. » Traduction : avant de viser la disruption, les entrepreneurs cherchent d'abord à rentabiliser l'outil. Une approche pragmatique qui contraste avec les narratifs de transformation radicale souvent portés par les éditeurs de solutions. La question de la transmission n'est …
L’innovation dans l’incertitude : entrepreneurs, IA et géopolitique

L’entrepreneur face au monde : résilience, IA et risques géopolitiques
Dans un climat économique mondial sous tension, les entrepreneurs font preuve d’une confiance qui surprend. Selon une enquête d’UBS, 68 % d’entre eux se déclarent optimistes pour l’année à venir, et 80 % prévoient d’augmenter leurs effectifs dans les cinq prochaines années. Les entreprises interrogées totalisent 34,3 milliards de dollars de revenus annuels — un périmètre qui donne du poids à ces projections. Loin d’un optimisme béat, cette posture traduit une adaptation stratégique à un environnement durablement instable.
Un optimisme ancré dans l’action
Cet état d’esprit ne se limite pas aux déclarations d’intention. Selon la même enquête, 45 % des entrepreneurs envisagent une expansion géographique vers de nouveaux marchés, tandis que l’investissement dans l’intelligence artificielle s’impose comme levier prioritaire de compétitivité. Benjamin Cavalli, responsable des clients stratégiques chez UBS, résume cette dynamique : « Les entrepreneurs abordent cette année avec une résilience remarquable et un nouveau sens de l’ambition. »
« Les entrepreneurs abordent cette année avec une résilience remarquable et un nouveau sens de l’ambition. »
Cette ambition se structure autour de cas d’usage concrets. Delwin Kurnia Limas, stratège en actions chez UBS, observe que « les entreprises privilégient actuellement les applications d’IA à faible complexité qui améliorent l’efficacité opérationnelle. » Traduction : avant de viser la disruption, les entrepreneurs cherchent d’abord à rentabiliser l’outil. Une approche pragmatique qui contraste avec les narratifs de transformation radicale souvent portés par les éditeurs de solutions.
La question de la transmission n’est pas absente de ces réflexions. Oliver Herrmann, également cité dans l’enquête UBS, note « une prise de conscience élevée concernant l’importance de la transition de richesse. » La planification successorale devient ainsi un enjeu stratégique à part entière, au même titre que la croissance organique — signe que ces entrepreneurs pensent leur patrimoine dans la durée, pas seulement leur chiffre d’affaires.
Quand la géopolitique redistribue les cartes
L’optimisme entrepreneurial se heurte pourtant à des frictions structurelles. Les risques géopolitiques — conflits régionaux, restrictions commerciales, fragmentation des chaînes d’approvisionnement — redessinent les conditions d’accès aux marchés et aux ressources. Face à cette volatilité, les entreprises les plus agiles ont mis en place des équipes interfonctionnelles de veille géopolitique et des exercices de planification par scénarios, selon les analyses publiées par EY sur la gestion des risques géopolitiques pour les entrepreneurs en croissance.
L’intelligence artificielle, précisément, cristallise ces tensions. La concentration du traitement des minéraux critiques nécessaires aux infrastructures IA — dont la Chine assure une part dominante — crée des vulnérabilités que les tensions sino-occidentales ne font qu’aggraver. Au Moyen-Orient, des attaques sur des centres de données ont contraint plusieurs acteurs à revoir intégralement leurs stratégies de sécurité informatique. Investir dans l’IA, c’est donc aussi s’exposer à des dépendances géographiques et industrielles que beaucoup sous-estiment encore.
La question d’une bulle de l’IA mérite également d’être posée sans détour. La croissance des investissements dans l’infrastructure IA dépasse, dans certains segments, la capacité des entreprises à monétiser réellement leurs applications. Ce décalage entre capital déployé et valeur générée rappelle des épisodes antérieurs de surchauffe technologique — et devrait inciter les entrepreneurs à calibrer leurs engagements avec rigueur plutôt qu’enthousiasme.
Résilience ne signifie pas immunité
Ce que révèle in fine l’enquête UBS, c’est moins un triomphe de l’optimisme qu’une mutation de la posture entrepreneuriale. Les dirigeants les plus solides ne nient pas les risques : ils les intègrent dans leur modèle de décision. La résilience entrepreneuriale n’est pas une disposition psychologique — c’est une compétence organisationnelle, qui se construit dans la durée, par des choix de gouvernance, de diversification et d’anticipation.
Dans ce contexte, la vraie question n’est pas de savoir si les entrepreneurs sont optimistes. C’est de savoir si leur optimisme est fondé sur une lecture lucide du monde — ou sur la seule force de leur conviction.











