Vers une gestion d’actifs durable : faire face à l’évolution des attentes clients

La gestion d'actifs à l'heure du grand déclassement Le mythe de l'AUM comme boussole du succès Le secteur de la gestion d'actifs traverse une crise de repères. Pendant des décennies, les actifs sous gestion (AUM) constituaient l'étalon universel de la performance : plus le chiffre grossissait, plus le gestionnaire était réputé prospère. Cette logique est désormais mise à rude épreuve par les données elles-mêmes. Au deuxième trimestre 2025, les fonds européens ont collecté 131 milliards d'euros de flux nets entrants, contre 161 milliards au trimestre précédent. Un recul qui, pris isolément, pourrait sembler conjoncturel. Il révèle en réalité une transformation structurelle : les investisseurs arbitrent massivement en faveur des véhicules les moins coûteux, laissant les fonds onéreux face à des sorties de capitaux persistantes. En 2023, les frais annuels moyens des fonds d'actions s'établissaient à 1,35 % — un niveau que les épargnants, mieux informés et mieux outillés, scrutent désormais avec une attention inédite. La conclusion s'impose : la croissance de l'AUM peut devenir destructrice de valeur dès lors que les encours supplémentaires ne génèrent plus d'économies d'échelle suffisantes pour compenser la pression tarifaire. Autrement dit, grandir pour grandir n'est plus une stratégie — c'est un risque. Des flux qui racontent une recomposition profonde Les statistiques de 2023 dressent un tableau contrasté, mais cohérent dans sa logique. Les fonds d'actions mondiaux ont subi des sorties nettes de 227 milliards d'euros aux États-Unis au troisième trimestre, quand l'Europe enregistrait simultanément 64 milliards d'euros d'entrées nettes — un écart qui reflète autant …

La gestion d’actifs à l’heure du grand déclassement

Le mythe de l’AUM comme boussole du succès

Le secteur de la gestion d’actifs traverse une crise de repères. Pendant des décennies, les actifs sous gestion (AUM) constituaient l’étalon universel de la performance : plus le chiffre grossissait, plus le gestionnaire était réputé prospère. Cette logique est désormais mise à rude épreuve par les données elles-mêmes.

Au deuxième trimestre 2025, les fonds européens ont collecté 131 milliards d’euros de flux nets entrants, contre 161 milliards au trimestre précédent. Un recul qui, pris isolément, pourrait sembler conjoncturel. Il révèle en réalité une transformation structurelle : les investisseurs arbitrent massivement en faveur des véhicules les moins coûteux, laissant les fonds onéreux face à des sorties de capitaux persistantes. En 2023, les frais annuels moyens des fonds d’actions s’établissaient à 1,35 % — un niveau que les épargnants, mieux informés et mieux outillés, scrutent désormais avec une attention inédite.

La conclusion s’impose : la croissance de l’AUM peut devenir destructrice de valeur dès lors que les encours supplémentaires ne génèrent plus d’économies d’échelle suffisantes pour compenser la pression tarifaire. Autrement dit, grandir pour grandir n’est plus une stratégie — c’est un risque.

Des flux qui racontent une recomposition profonde

Les statistiques de 2023 dressent un tableau contrasté, mais cohérent dans sa logique. Les fonds d’actions mondiaux ont subi des sorties nettes de 227 milliards d’euros aux États-Unis au troisième trimestre, quand l’Europe enregistrait simultanément 64 milliards d’euros d’entrées nettes — un écart qui reflète autant des différences de maturité des marchés que des sensibilités distinctes aux coûts de gestion.

À l’inverse, les fonds obligataires ont capté 363 milliards d’euros de flux nets sur la même période, dont 212 milliards aux États-Unis et 113 milliards en Europe, portés par des rendements redevenus attractifs après une décennie de taux plancher. Les fonds monétaires ont quant à eux bénéficié d’un afflux de 31 milliards d’euros en mars 2023, dans un contexte de turbulences bancaires qui a ravivé l’appétit pour la liquidité et la sécurité perçue.

Le phénomène le plus structurant reste cependant la montée en puissance des ETF, qui ont enregistré des ventes nettes record en 2023 selon l’EFAMA. Ces fonds indiciels cotés incarnent précisément ce que les investisseurs réclament : transparence, liquidité et frais comprimés. Leur domination croissante n’est pas un accident de marché — c’est le verdict des épargnants sur le modèle de gestion active traditionnel.

Repenser la rentabilité avant de repenser la croissance

Face à ces dynamiques, la tentation des gestionnaires est souvent de chercher du volume par la diversification produit ou par des opérations de fusions-acquisitions. Ces leviers ne sont pas sans pertinence, mais ils ne sauraient masquer l’impératif premier : restaurer la rentabilité unitaire avant d’élargir l’empreinte.

L’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus de gestion et de relation client ouvre des perspectives réelles de réduction des coûts opérationnels, à condition que les investissements technologiques ne viennent pas simplement alourdir une structure de charges déjà sous pression. De même, le lancement d’ETF actifs — hybrides entre gestion indicielle et gestion discrétionnaire — constitue une piste sérieuse pour capter une clientèle qui refuse de choisir entre performance potentielle et frais maîtrisés.

« Le secteur de la gestion d’actifs n’est pas en déclin — il est en train de muer. »

La surveillance de l’environnement concurrentiel, enfin, n’est pas une posture défensive : c’est une condition de survie dans un secteur où les marges se compriment et où les consolidations s’accélèrent. Les gestionnaires qui réussiront ne seront pas nécessairement les plus grands, mais ceux qui auront su articuler une proposition de valeur claire, mesurée à l’aune de la création de valeur pour le client plutôt qu’à celle du volume d’encours géré.

Ceux qui confondront cette mue avec une simple correction de marché risquent de se réveiller trop tard.