L'inflation n'est plus un phénomène conjoncturel que les banques centrales peuvent dompter en quelques trimestres. Pour Matthew Bartolini, Responsable Mondial des Stratégistes de Recherche chez State Street, elle est devenue « un facteur de risque plus durable », dont les effets se propagent bien au-delà des postes habituels. Les variations des prix de l'énergie alimentent des hausses en cascade — denrées alimentaires, transport, logistique — tandis que le Supercore CPI (indice hors logement et énergie) s'établit désormais au-dessus de 3 %, signal d'une pression inflatoire structurelle et non plus simplement importée. Dans ce contexte, deux secteurs retiennent l'attention des gérants : l'énergie et les matériaux. Leur attrait ne relève pas du marketing : les matières premières affichent historiquement une corrélation d'environ 0,35 avec les mouvements du CPI américain, ce qui en fait des instruments de couverture imparfaits mais réels. Il convient toutefois de ne pas surestimer cette propriété — une corrélation de 0,35 signifie aussi que 65 % de la variance reste inexpliquée, et que la volatilité intrinsèque de ces secteurs peut amplement effacer les bénéfices de couverture sur des horizons courts. Le repositionnement stratégique de State Street State Street a récemment révisé à la hausse son évaluation du secteur des matériaux, passant de neutre à positive. Cette réévaluation repose sur deux piliers : un équilibre offre-demande jugé plus favorable, et une demande structurellement soutenue pour les métaux précieux et industriels, portée notamment par la transition énergétique. Les besoins en cuivre, lithium et terres rares pour les infrastructures électriques et …
Comment investir dans les secteurs de l’énergie et des matériaux pour surmonter l’inflation

L’inflation n’est plus un phénomène conjoncturel que les banques centrales peuvent dompter en quelques trimestres. Pour Matthew Bartolini, Responsable Mondial des Stratégistes de Recherche chez State Street, elle est devenue « un facteur de risque plus durable », dont les effets se propagent bien au-delà des postes habituels. Les variations des prix de l’énergie alimentent des hausses en cascade — denrées alimentaires, transport, logistique — tandis que le Supercore CPI (indice hors logement et énergie) s’établit désormais au-dessus de 3 %, signal d’une pression inflatoire structurelle et non plus simplement importée.
Dans ce contexte, deux secteurs retiennent l’attention des gérants : l’énergie et les matériaux. Leur attrait ne relève pas du marketing : les matières premières affichent historiquement une corrélation d’environ 0,35 avec les mouvements du CPI américain, ce qui en fait des instruments de couverture imparfaits mais réels. Il convient toutefois de ne pas surestimer cette propriété — une corrélation de 0,35 signifie aussi que 65 % de la variance reste inexpliquée, et que la volatilité intrinsèque de ces secteurs peut amplement effacer les bénéfices de couverture sur des horizons courts.
Le repositionnement stratégique de State Street
State Street a récemment révisé à la hausse son évaluation du secteur des matériaux, passant de neutre à positive. Cette réévaluation repose sur deux piliers : un équilibre offre-demande jugé plus favorable, et une demande structurellement soutenue pour les métaux précieux et industriels, portée notamment par la transition énergétique. Les besoins en cuivre, lithium et terres rares pour les infrastructures électriques et les véhicules électriques créent une demande de fond que les cycles économiques classiques ne suffisent plus à expliquer.
Du côté de l’énergie, le mouvement est plus prudent : l’avis passe de négatif à neutre. State Street reconnaît ce secteur comme l’un des meilleurs instruments de couverture contre les pics de prix du pétrole et du gaz, sans pour autant lui accorder un biais franchement positif. Les perturbations géopolitiques — notamment les tensions en Iran — ont par ailleurs redistribué les cartes de l’approvisionnement mondial, offrant aux producteurs américains des opportunités de gain de parts de marché dans des segments comme les engrais et le méthanol. Ces dynamiques restent cependant soumises à des retournements rapides, et tout investisseur doit intégrer ce risque géopolitique dans son analyse.
Les ETF sectoriels, vecteurs privilégiés de cette exposition
Sur le marché américain, les ETF sectoriels concentrent aujourd’hui 916 milliards de dollars d’actifs sous gestion, répartis sur 268 fonds. L’Energy Select Sector SPDR Fund (XLE) domine avec environ 39 milliards de dollars d’actifs, mais sa concentration est notable : Exxon Mobil et Chevron représentent à eux seuls près de 41,4 % du portefeuille, ce qui relativise la diversification effective de l’instrument. Le Vanguard Energy ETF (VDE), avec 9,8 milliards de dollars sous gestion, offre une exposition plus large incluant les capitalisations moyennes et petites, tandis que l’Alerian MLP ETF (AMLP), fort de 12,4 milliards de dollars, cible spécifiquement les Master Limited Partnerships — des structures fiscales américaines sans équivalent direct en droit français, dont la détention via un compte-titres ordinaire peut générer des complexités déclaratives pour un résident fiscal français.
Du côté des matériaux, le Materials Select Sector SPDR Fund (XLB) gère 7,3 milliards de dollars avec des positions significatives dans Newmont Corporation et Freeport-McMoRan, deux acteurs exposés respectivement à l’or et au cuivre. Le Sprott Critical Materials ETF (SETM), plus thématique avec 665 millions de dollars d’actifs, se concentre sur les matériaux de la transition énergétique — un segment porteur mais dont la liquidité et la volatilité méritent une attention particulière.
Les ETF liés à l’inflation ont, quant à eux, surperformé les obligations nominales de 2,3 % depuis le début de 2025, confirmant l’intérêt du raisonnement macroéconomique de Bartolini. Les flux nets vers l’ensemble des ETF américains ont atteint 1 476,9 milliards de dollars sur l’année, témoignant d’une adoption massive de ces véhicules par les investisseurs particuliers comme institutionnels.
Ce que ces données ne disent pas
Il serait imprudent de lire ces chiffres comme une validation sans nuance d’un positionnement sectoriel concentré. Un rendement annuel moyen de 101,33 % affiché pour l’ensemble des ETF matériaux — chiffre qui mérite d’être sourcé et contextualisé avec soin, car il peut refléter des effets de base ou des périodes de référence atypiques — ne saurait constituer une projection. Par ailleurs, pour un investisseur français, l’exposition à ces ETF libellés en dollars introduit un risque de change non négligeable, et leur logement en assurance-vie ou PEA reste soumis à des contraintes d’éligibilité spécifiques que chaque établissement applique différemment.
« La diversification sectorielle reste un outil, pas une garantie. »
Les secteurs de l’énergie et des matériaux peuvent amplifier la volatilité d’un portefeuille autant qu’ils peuvent le protéger de l’inflation — tout dépend du point d’entrée, de l’horizon de placement et de la pondération retenue. Dans un environnement où les banques centrales naviguent à vue, la lucidité sur ces limites vaut mieux que l’enthousiasme sectoriel.











