Les ETFs à la conquête des 35 000 milliards d’ici 2030

Les ETF à l'assaut des 35 000 milliards : mythe marketing ou lame de fond structurelle ? Avec 19,9 milliers de milliards de dollars d'actifs sous gestion en 2025 et des projections qui flirtent avec les 35 000 milliards d'ici 2030, les fonds négociés en bourse (ETF) s'imposent comme le phénomène structurant de la décennie financière. Derrière les chiffres records se dessine une recomposition profonde des comportements d'investissement — qu'il convient d'analyser sans naïveté. Une croissance qui dépasse les prévisions les plus optimistes Les chiffres donnent le vertige. En 2025, les actifs mondiaux des ETF ont progressé de 33,7 % sur un an, portés par des entrées nettes de 2,4 milliers de milliards de dollars — un record absolu, pulvérisant le précédent pic de 1,88 millier de milliards établi en 2024. L'Europe n'est pas en reste : le marché du Vieux Continent a bondi de 41 %, franchissant le seuil des 2 700 milliards d'euros sous gestion. Selon le rapport mondial sur les ETF publié par PwC en 2026, les actifs pourraient atteindre 35 000 milliards de dollars d'ici juin 2030. Goldman Sachs se montre plus prudent, tablant sur 30 000 milliards à la même échéance, ce qui implique tout de même un taux de croissance annuel composé (CAGR) d'environ 10,5 % sur la période 2024-2030. Pour l'Europe, les projections évoquent un dépassement des 5 000 milliards d'euros. Ces fourchettes larges entre analystes rappellent une évidence souvent oubliée : les projections à cinq ans en finance restent des exercices d'orientation, …

Les ETF à l’assaut des 35 000 milliards : mythe marketing ou lame de fond structurelle ?

Avec 19,9 milliers de milliards de dollars d’actifs sous gestion en 2025 et des projections qui flirtent avec les 35 000 milliards d’ici 2030, les fonds négociés en bourse (ETF) s’imposent comme le phénomène structurant de la décennie financière. Derrière les chiffres records se dessine une recomposition profonde des comportements d’investissement — qu’il convient d’analyser sans naïveté.

Une croissance qui dépasse les prévisions les plus optimistes

Les chiffres donnent le vertige. En 2025, les actifs mondiaux des ETF ont progressé de 33,7 % sur un an, portés par des entrées nettes de 2,4 milliers de milliards de dollars — un record absolu, pulvérisant le précédent pic de 1,88 millier de milliards établi en 2024. L’Europe n’est pas en reste : le marché du Vieux Continent a bondi de 41 %, franchissant le seuil des 2 700 milliards d’euros sous gestion.

Selon le rapport mondial sur les ETF publié par PwC en 2026, les actifs pourraient atteindre 35 000 milliards de dollars d’ici juin 2030. Goldman Sachs se montre plus prudent, tablant sur 30 000 milliards à la même échéance, ce qui implique tout de même un taux de croissance annuel composé (CAGR) d’environ 10,5 % sur la période 2024-2030. Pour l’Europe, les projections évoquent un dépassement des 5 000 milliards d’euros. Ces fourchettes larges entre analystes rappellent une évidence souvent oubliée : les projections à cinq ans en finance restent des exercices d’orientation, non des certitudes.

L’investisseur de détail, nouveau moteur de la croissance

Longtemps réservé aux institutionnels, le marché des ETF s’est démocratisé à une vitesse remarquable. Selon l’enquête ETF Impact 2024 de State Street Global Advisors, 45 % des investisseurs individuels détiennent désormais des ETF, contre 40 % en 2022. Chez les Millennials, ce taux grimpe à 58 %. Plus significatif encore : 90 % des professionnels interrogés par PwC anticipent une demande soutenue des particuliers dans les prochaines années, portée notamment par le transfert intergénérationnel de patrimoine qui s’accélère dans les pays développés.

En Europe, PwC projette que les investisseurs de détail pourraient contribuer à tripler les encours du continent — de 1 300 à 3 000 milliards d’euros d’ici 2027. Cette dynamique repose sur trois leviers convergents : la multiplication des plateformes d’investissement en ligne à frais réduits, une meilleure éducation financière des épargnants, et la pression réglementaire européenne en faveur de la transparence des coûts (directive MIF II, réforme de l’Union des marchés de capitaux). En France, le cadre fiscal du PEA, qui permet de loger des ETF éligibles en exonération d’impôt sur les plus-values après cinq ans de détention, constitue un avantage structurel non négligeable pour l’investisseur particulier — à condition de respecter les plafonds de versement (150 000 euros pour un PEA classique) et les règles d’éligibilité des fonds.

ETF actifs et actifs numériques : l’innovation comme accélérateur

Le marché ne se contente pas de grossir : il se transforme. Les ETF à gestion active, longtemps considérés comme une contradiction dans les termes, connaissent une popularité croissante. Aux États-Unis, leurs encours ont atteint près de 514 milliards de dollars en 2023, avec un CAGR de 35,4 % sur cinq ans selon PwC. Ces produits hybrides séduisent les investisseurs qui souhaitent bénéficier de la liquidité et de la fiscalité avantageuse des ETF tout en conservant une gestion discrétionnaire — au prix, il faut le souligner, de frais de gestion sensiblement plus élevés que leurs homologues indiciels.

L’autre front d’innovation concerne les actifs numériques. Les ETF thématiques axés sur l’intelligence artificielle ont attiré des flux considérables, atteignant 47,3 milliards de dollars d’encours avec une progression de 340 % sur dix-huit mois selon Financial Compass Hub. Mais la volatilité inhérente à ces produits mérite d’être soulignée avec force : un ETF thématique concentré sur un secteur en vogue amplifie les cycles de marché plutôt qu’il ne les amortit. L’investisseur qui s’y engage doit avoir conscience qu’il s’éloigne de la logique de diversification qui fait précisément la force des ETF indiciels larges.

Sur le plan technologique, 80 % des professionnels interrogés par PwC estiment que l’intelligence artificielle aura un effet significatif ou modéré sur les opérations des ETF dans les deux à trois prochaines années — optimisation des processus de rééquilibrage, réduction des coûts de transaction, amélioration de la gestion du risque. Une tendance à surveiller, sans pour autant y voir une révolution immédiate des fondamentaux du produit.

Ce que les chiffres ne disent pas

La croissance des ETF est réelle et structurelle. Mais plusieurs nuances s’imposent avant de conclure à un mouvement inexorable. La concentration du marché reste préoccupante : trois acteurs — BlackRock (iShares), Vanguard et State Street — contrôlent l’essentiel des encours mondiaux, ce qui soulève des questions légitimes sur la concurrence et la formation des prix. Par ailleurs, la montée en puissance des stratégies d’investissement passives — plus de 50 % des actifs américains sont désormais gérés passivement — nourrit un débat académique non tranché sur l’efficience des marchés : si tout le monde réplique les indices, qui assure encore la découverte des prix ?

Côté institutionnel, le sondage 2026 de Brown Brothers Harriman indique que 98 % des investisseurs professionnels envisagent d’augmenter leurs allocations en ETF actifs, et que presque tous s’intéressent aux ETF de marchés privés — une catégorie encore embryonnaire mais qui pourrait redéfinir les frontières entre actifs liquides et illiquides. En France, la réglementation encadrant l’accès des particuliers aux actifs non cotés via des enveloppes ETF reste à ce jour très restrictive, ce qui limite la portée immédiate de cette tendance pour l’épargnant hexagonal.

Recommandations pour l’investisseur averti

La popularité des ETF ne dispense pas d’une approche rigoureuse. La diversification par classes d’actifs reste le premier principe : un ETF monde à faibles frais constitue un socle solide, mais ne protège pas contre les krachs systémiques. La méthode d’investissement progressif — investir des montants réguliers indépendamment des conditions de marché — permet de lisser le prix de revient et de discipliner le comportement face à la volatilité, sans garantir de performance.

L’évaluation des frais est souvent sous-estimée : un écart de 0,5 % de frais annuels peut représenter, sur vingt ans, une différence de performance cumulée significative. Les implications fiscales méritent également une attention particulière selon l’enveloppe choisie — PEA, assurance-vie, compte-titres ordinaire — chacune ayant ses propres règles de taxation des plus-values et des dividendes. Enfin, les ETF thématiques sur l’IA ou les actifs numériques peuvent enrichir un portefeuille à la marge, mais ne sauraient en constituer le cœur sans exposer l’investisseur à une concentration sectorielle incompatible avec une gestion patrimoniale prudente.

La croissance des ETF est une réalité documentée. Qu’elle se poursuive au rythme annoncé dépendra de facteurs que nul ne maîtrise entièrement : évolution des taux d’intérêt, stabilité réglementaire, comportement des marchés en cas de choc systémique. L’enthousiasme est compréhensible. La prudence reste de mise.