Broad Street Global Fund face à des accusations de détournement et au risque des sorties forcées

Accusations de détournement au sein du Broad Street Global Fund Voir une épargne retraite de 2 M$ convertie en titres non cotés, restreints et difficiles à céder transforme profondément le profil d'un placement. Dans un fonds d'investissement non coté, le rendement affiché ne suffit pas : le risque de liquidité détermine aussi la capacité à récupérer son capital lorsque le départ à la retraite ou un besoin imprévu l'exige. Le dossier du Broad Street Global Fund illustre les questions que soulèvent les frais prélevés en amont, les valorisations complexes et les mécanismes de sortie pouvant imposer des actions que l'investisseur n'avait pas choisies. La plainte Parbhoo et al. v. Feingold et al. a été déposée le 12 octobre 2026 devant le tribunal fédéral du district sud de la Floride, sous la référence n° 1:26-cv-27140. Sauf indication contraire, les faits chiffrés ci-dessous sont ceux allégués dans la plainte et ne constituent pas des constatations judiciaires — il importe de le rappeler avant tout développement, tant la frontière entre accusation et vérité judiciaire est ici déterminante. Une promesse de rendement ne remplace jamais une analyse de liquidité. Des frais initiaux élevés réduisent mécaniquement le capital effectivement investi, et une sortie en titres restreints peut fragiliser un projet de retraite construit sur des hypothèses optimistes. Ce que la plainte reproche au Broad Street Global Fund Selon la plainte déposée par les investisseurs, le Broad Street Global Fund aurait levé plus d'un milliard de dollars auprès de plus d'un millier d'investisseurs. Les différentes séries …

Accusations de détournement au sein du Broad Street Global Fund

Voir une épargne retraite de 2 M$ convertie en titres non cotés, restreints et difficiles à céder transforme profondément le profil d’un placement. Dans un fonds d’investissement non coté, le rendement affiché ne suffit pas : le risque de liquidité détermine aussi la capacité à récupérer son capital lorsque le départ à la retraite ou un besoin imprévu l’exige.

Le dossier du Broad Street Global Fund illustre les questions que soulèvent les frais prélevés en amont, les valorisations complexes et les mécanismes de sortie pouvant imposer des actions que l’investisseur n’avait pas choisies. La plainte Parbhoo et al. v. Feingold et al. a été déposée le 12 octobre 2026 devant le tribunal fédéral du district sud de la Floride, sous la référence n° 1:26-cv-27140. Sauf indication contraire, les faits chiffrés ci-dessous sont ceux allégués dans la plainte et ne constituent pas des constatations judiciaires — il importe de le rappeler avant tout développement, tant la frontière entre accusation et vérité judiciaire est ici déterminante.

Une promesse de rendement ne remplace jamais une analyse de liquidité. Des frais initiaux élevés réduisent mécaniquement le capital effectivement investi, et une sortie en titres restreints peut fragiliser un projet de retraite construit sur des hypothèses optimistes.

Ce que la plainte reproche au Broad Street Global Fund

Selon la plainte déposée par les investisseurs, le Broad Street Global Fund aurait levé plus d’un milliard de dollars auprès de plus d’un millier d’investisseurs. Les différentes séries auraient présenté des objectifs de rendement annuel compris entre 7 % et 28 %. Les demandeurs contestent toutefois moins l’existence de ces objectifs que la provenance des sommes versées aux porteurs et le niveau des coûts supportés par le véhicule.

La plainte soutient que certaines distributions n’auraient pas été exclusivement liées aux résultats économiques des actifs sous-jacents. Elle qualifie le mécanisme allégué de « Ponzi-like fashion ». Cette expression est celle des demandeurs : elle ne constitue ni une conclusion factuelle établie ni une décision judiciaire. De même, les griefs relatifs aux prélèvements et à la structure de frais devront être examinés dans le cadre contradictoire de la procédure.

Plusieurs signaux méritent d’être mis en regard. Les rendements annoncés, de 7 % à 28 % selon les séries, appellent une vérification indépendante des sources de performance — un objectif affiché ne vaut que par la qualité de ce qui le finance. Les demandeurs affirment que certaines distributions pouvaient être financées jusqu’à 80 % par le portefeuille de prêts de trésorerie marchands plutôt que par des profits réalisés sur les investissements, ce qui interroge directement la soutenabilité du modèle. La plainte évoque par ailleurs plus de 170 M$ de prélèvements collectifs allégués au bénéfice des trois défendeurs individuels, ainsi que des frais de gestion initiaux équivalant à 30 % de chaque dollar levé — soit plus de 305 M$ au total — facturés par avance pour cinq ans. Enfin, elle pointe une différence potentielle entre les revenus effectivement générés par les actifs et les montants distribués aux porteurs de parts.

Pour interpréter ces éléments, il faut distinguer trois notions. Une distribution est un versement effectué au porteur, sans indiquer à elle seule sa provenance économique. Le rendement net mesure le gain ou la perte réellement conservé par l’investisseur après frais, charges et évolution de la valeur de sa participation. Un remboursement de capital, enfin, restitue tout ou partie de la mise initiale et peut améliorer la trésorerie reçue sans démontrer que l’investissement a dégagé un profit. Selon la plainte, cette distinction serait précisément déterminante pour apprécier la nature réelle des paiements évoqués.

Ces griefs allégués concernant les frais et les distributions prennent une dimension très concrète lorsque l’investisseur demande le rachat de ses parts ou se voit proposer une sortie. À ce moment, la valeur affichée, la disponibilité d’espèces et les restrictions attachées aux titres proposés déterminent la part du capital réellement mobilisable.

« Une valeur portée sur un document ne garantit ni qu’une vente soit possible, ni qu’elle puisse intervenir à ce prix. »

De la part de fonds à l’action restreinte : la chronologie des sorties imposées

Selon la plainte, la sortie proposée aux porteurs a progressivement remplacé une participation dans le fonds par des titres dont la négociabilité pouvait être fortement limitée. Les faits décrits ci-après n’ont pas été tranchés par un tribunal.

En mars 2025, les investisseurs de la série de minage d’altcoins auraient été invités à convertir leur participation en actions restreintes de Z Squared Inc. (ZSQR). L’investisseur quitte alors une part de fonds pour un titre soumis à des restrictions de revente — un changement de nature juridique qui n’a rien d’anodin. En novembre 2025, un avis de rachat contraignant aurait été adressé aux autres investisseurs, leur offrant le choix entre un rachat en numéraire sous 180 jours ou des actions restreintes de Soulpower Acquisition Corp. (SOUL), valorisées à trois fois le compte de capital. Ce choix oppose un paiement différé en espèces à des titres d’une SPAC des îles Caïmans dont la valeur réalisable peut différer sensiblement de la valeur affichée. Plus préoccupant encore, les actions SOUL pouvaient être bloquées pendant une période allant jusqu’à 42 mois : recevoir des titres ne signifie donc pas pouvoir les vendre pour financer un besoin de trésorerie ou un départ à la retraite.

La plainte indique qu’environ 687 investisseurs auraient choisi le rachat en numéraire, générant près de 148 M$ d’obligations de rachat. Elle soutient aussi qu’il aurait fallu environ 2,45 Md$ d’actions SOUL pour racheter l’ensemble des investisseurs — un montant qui donne la mesure de l’écart entre la valorisation affichée et la réalité d’un marché secondaire étroit.

Chacune des deux options comporte ses limites propres. Le rachat en numéraire annonce une somme en espèces sous 180 jours, mais ce délai ne garantit pas le paiement effectif si la capacité financière du débiteur est insuffisante. Les titres restreints SOUL affichent une valorisation à trois fois le compte de capital, mais le blocage, un marché limité et une possible décote peuvent empêcher toute revente au prix annoncé.

Il convient ici de rappeler trois notions clés. Les actions restreintes sont des actions soumises à des règles qui limitent leur vente ou leur transfert pendant une période donnée. La liquidité désigne la capacité de vendre rapidement un actif sans réduire fortement son prix. La décote correspond à la réduction du prix qu’un acheteur est prêt à payer par rapport à une valeur théorique ou affichée.

Autrement dit, une valeur portée sur un document ne garantit ni qu’une vente soit possible, ni qu’elle puisse intervenir à ce prix. Pour un épargnant, une sortie en titres restreints peut donc transformer un capital théorique en actif difficilement mobilisable, même lorsque la valorisation affichée paraît généreuse.

Le test de valorisation : quand l’actif sous-jacent raconte une autre histoire

La valorisation d’actifs non cotés ne se vérifie pas seulement dans un rapport d’évaluation. Elle doit aussi rester cohérente avec la valeur comptable des actifs, leur capacité à produire des flux de trésorerie et le prix qu’un acheteur indépendant accepterait réellement de payer. C’est particulièrement vrai dans le private equity, où l’investisseur ne bénéficie pas d’un marché quotidien pour contrôler le prix affiché.

Selon la plainte, les machines de minage transférées lors de la conversion de la série dédiée au minage d’altcoins auraient été évaluées à 660 M$. La même plainte renvoie pourtant à des documents financiers de l’entreprise concernée qui inscriraient cette même flotte pour environ 12,4 M$. L’écart est saisissant — un facteur supérieur à 50 — mais il ne permet pas, à lui seul, d’établir une fraude avérée : les dates de référence, méthodes comptables, hypothèses opérationnelles, amortissements et périmètres exacts restent à examiner. Il constitue néanmoins un test de cohérence que tout investisseur devrait exiger de documenter avant de souscrire.

La composition de la flotte renforce l’interrogation. La plainte indique que 84 % des machines auraient été des Antminer L7, et non des Antminer L9 — une distinction qui compte, car la génération technologique, le rendement énergétique et l’adéquation à l’algorithme exploité influencent directement la valeur économique d’un équipement de minage.

Le minage d’altcoins cumule par nature plusieurs risques : obsolescence technologique rapide, hausse ou incertitude des coûts énergétiques, volatilité des cryptoactifs minés et revente difficile d’équipements très spécialisés. Une valeur théorique peut donc s’éroder fortement si les revenus attendus baissent ou si le marché secondaire manque d’acheteurs.

Avant d’accepter une valorisation non cotée, quatre questions méritent une réponse documentée : quelle méthode relie la valeur annoncée aux flux de trésorerie réellement observables ? Quelle est la date de valorisation, et quels actifs précis sont inclus dans le périmètre ? Existe-t-il des transactions récentes avec des acheteurs indépendants permettant de tester le prix ? Enfin, les scénarios envisagés intègrent-ils l’obsolescence, la liquidité limitée et une baisse possible des revenus ?

SEC, administrateur judiciaire et plainte civile : où en est réellement le dossier ?

Les sources primaires permettent de distinguer deux instances fédérales bien distinctes, qu’il serait erroné de confondre. La première est Securities and Exchange Commission v. David J. Feingold, Joseph B. Baldassarra, Steven S. Baldassarra, Broad Street Global Management, LLC et Broad Street Inc., n° 1:25-cv-20436-DPG, devant le tribunal fédéral du district sud de la Floride. La SEC a déposé sa plainte le 29 janvier 2025. Cette plainte formule des allégations de l’autorité de régulation américaine, et non des faits définitivement établis.

Le 21 avril 2025, le tribunal a rendu une ordonnance désignant un monitor et accordant d’autres mesures. Le texte emploie précisément ce terme de monitor, qu’il convient de ne pas traduire approximativement par « administrateur judiciaire » : il prévoit notamment l’interdiction de solliciter de nouveaux investisseurs ou d’accepter de nouveaux fonds pour le Broad Street Global Fund jusqu’à nouvelle ordonnance, ainsi que des obligations de comptabilité et de transmission d’informations. Il ne désigne pas, dans cette ordonnance, un