Infrastructure et marchés émergents : le grand repositionnement des institutionnels Le capital institutionnel se réoriente. Selon une enquête récente de Marsh, 50,7 % des propriétaires d'actifs prévoient d'augmenter leurs allocations en infrastructures, tandis que 46,9 % cherchent à accroître leur exposition aux actions des marchés émergents. Ces chiffres ne relèvent pas d'un effet de mode : ils traduisent une reconfiguration structurelle des portefeuilles face à un environnement marqué par l'inflation persistante, la fragmentation géopolitique et la remise en cause des corrélations traditionnelles entre classes d'actifs. Des tendances d'allocation qui méritent d'être décryptées La donnée la plus frappante de l'enquête Marsh n'est peut-être pas le niveau absolu des intentions, mais leur accélération : les intentions d'investissement vers les marchés émergents ont progressé de 30,8 % en un an, atteignant un solde net de +33,5 %. Parallèlement, 96,3 % des portefeuilles institutionnels intègrent désormais une forme d'exposition aux marchés privés — un chiffre qui dit moins l'enthousiasme que la normalisation de cette classe d'actifs dans la construction de portefeuille. Il convient toutefois de ne pas confondre intention et réalisation. Les allocations effectives vers les marchés émergents restent contraintes par des facteurs structurels : liquidité limitée, risque de change, cadres réglementaires hétérogènes et gouvernance parfois défaillante. L'optimisme des répondants doit être lu à l'aune de ces frictions réelles, que les enquêtes de sentiment ont tendance à minorer. Le risque géopolitique, accélérateur autant que frein Paradoxe apparent : ce sont précisément les risques géopolitiques — tensions commerciales, sanctions, reconfigurations des chaînes d'approvisionnement — qui …
Infrastructure et marchés émergents : pourquoi les investisseurs institutionnels passent à l’action

Infrastructure et marchés émergents : le grand repositionnement des institutionnels
Le capital institutionnel se réoriente. Selon une enquête récente de Marsh, 50,7 % des propriétaires d’actifs prévoient d’augmenter leurs allocations en infrastructures, tandis que 46,9 % cherchent à accroître leur exposition aux actions des marchés émergents. Ces chiffres ne relèvent pas d’un effet de mode : ils traduisent une reconfiguration structurelle des portefeuilles face à un environnement marqué par l’inflation persistante, la fragmentation géopolitique et la remise en cause des corrélations traditionnelles entre classes d’actifs.
Des tendances d’allocation qui méritent d’être décryptées
La donnée la plus frappante de l’enquête Marsh n’est peut-être pas le niveau absolu des intentions, mais leur accélération : les intentions d’investissement vers les marchés émergents ont progressé de 30,8 % en un an, atteignant un solde net de +33,5 %. Parallèlement, 96,3 % des portefeuilles institutionnels intègrent désormais une forme d’exposition aux marchés privés — un chiffre qui dit moins l’enthousiasme que la normalisation de cette classe d’actifs dans la construction de portefeuille.
Il convient toutefois de ne pas confondre intention et réalisation. Les allocations effectives vers les marchés émergents restent contraintes par des facteurs structurels : liquidité limitée, risque de change, cadres réglementaires hétérogènes et gouvernance parfois défaillante. L’optimisme des répondants doit être lu à l’aune de ces frictions réelles, que les enquêtes de sentiment ont tendance à minorer.
Le risque géopolitique, accélérateur autant que frein
Paradoxe apparent : ce sont précisément les risques géopolitiques — tensions commerciales, sanctions, reconfigurations des chaînes d’approvisionnement — qui poussent les institutionnels vers des actifs réputés moins corrélés aux marchés cotés. Niall O’Sullivan résume cette logique : « Le capital est en mouvement à la recherche d’une véritable diversification, de protection contre l’inflation et de flexibilité. »
« Le capital est en mouvement à la recherche d’une véritable diversification, de protection contre l’inflation et de flexibilité. »
L’infrastructure présente ici un profil attractif : revenus contractuels souvent indexés à l’inflation, visibilité à long terme, faible sensibilité aux cycles courts. Mais cette résilience supposée a ses limites. Les projets d’infrastructure dans les marchés émergents exposent les investisseurs à des risques souverains, des risques de construction et des risques de change que les modèles de valorisation peinent parfois à capturer correctement. La corrélation avec les risques géopolitiques n’est pas nulle — elle est simplement différée.
Un sentiment d’optimisme discipliné
Les experts cités dans l’enquête Marsh adoptent un ton mesuré, loin de l’euphorie. Deborah Wardle rappelle que « rester résilient nécessitera de gérer les risques qui se manifestent déjà dans les portefeuilles » — une formulation qui signale que la phase d’accumulation doit s’accompagner d’une gestion active des expositions existantes. Garvan McCarthy va dans le même sens en valorisant « la discipline sous-jacente » comme critère de sélection des propriétaires d’actifs qui tireront parti du cycle à venir.
Ce cadrage est sain. Il tranche avec les narratives marketing qui présentent infrastructure et marchés émergents comme des solutions universelles à la recherche de rendement. La réalité est plus nuancée : ces classes d’actifs offrent des opportunités réelles, mais leur intégration dans un portefeuille institutionnel exige une due diligence approfondie, une gouvernance robuste et une tolérance au risque d’illiquidité clairement définie en amont.
Ce que ces chiffres ne disent pas
L’enquête Marsh photographie des intentions, non des flux réels. Elle agrège des profils d’investisseurs très hétérogènes — fonds de pension, assureurs, family offices, fonds souverains — dont les contraintes réglementaires et les horizons d’investissement divergent considérablement. En France, par exemple, les assureurs soumis à Solvabilité II font face à des exigences en capital qui renchérissent significativement le coût réglementaire d’une exposition aux actions de marchés émergents ou aux infrastructures non cotées, ce que les statistiques globales d’intention ne reflètent pas.
Le repositionnement est réel. Mais entre l’intention déclarée et l’allocation effective, il y a la réalité des contraintes opérationnelles, réglementaires et de marché. Les investisseurs institutionnels qui sauront transformer cette dynamique en avantage compétitif durable seront ceux qui auront construit, en amont, les capacités d’analyse et de gestion des risques adaptées à ces classes d’actifs exigeantes.










