ETF : l'illusion de la liquidité Le marché des ETF n'a jamais été aussi encombré. En seulement six mois, près de 700 nouveaux produits ont été lancés aux États-Unis, portant l'offre à des niveaux inédits. Cette profusion entretient une narrative séduisante : celle d'instruments accessibles à tous, liquides par nature, diversifiants par construction. La réalité est plus nuancée — et parfois franchement inconfortable. Entrer est facile. Sortir, c'est une autre histoire. Arthur Azizov, professionnel de la gestion de fonds, résume le paradoxe avec une franchise rare : « Obtenir un client dans un fonds n'a jamais été aussi facile — mais après cela, la partie la plus difficile est encore à venir. » Cette observation pointe une asymétrie structurelle que l'industrie préfère taire : la liquidité des ETF est une promesse conditionnelle, valable par temps calme, fragile par temps de crise. Car c'est précisément dans les moments où l'investisseur a le plus besoin de vendre — lors d'un choc de marché, d'un besoin de trésorerie urgent — que la liquidité se dérobe. Azizov le confirme : « Les clients ne remarquent l'exécution que lorsque cela tourne mal et qu'ils doivent vendre des actifs à un prix réduit. » L'écart entre le prix affiché et le prix réellement obtenu, le fameux slippage, devient alors le vrai coût de l'investissement. "Obtenir un client dans un fonds n'a jamais été aussi facile — mais après cela, la partie la plus difficile est encore à venir." Un quart des ETF cotés s'échangent dans le …
Les risques de liquidité cachés des ETF : ce que vous devez savoir avant d’investir

ETF : l’illusion de la liquidité
Le marché des ETF n’a jamais été aussi encombré. En seulement six mois, près de 700 nouveaux produits ont été lancés aux États-Unis, portant l’offre à des niveaux inédits. Cette profusion entretient une narrative séduisante : celle d’instruments accessibles à tous, liquides par nature, diversifiants par construction. La réalité est plus nuancée — et parfois franchement inconfortable.
Entrer est facile. Sortir, c’est une autre histoire.
Arthur Azizov, professionnel de la gestion de fonds, résume le paradoxe avec une franchise rare : « Obtenir un client dans un fonds n’a jamais été aussi facile — mais après cela, la partie la plus difficile est encore à venir. » Cette observation pointe une asymétrie structurelle que l’industrie préfère taire : la liquidité des ETF est une promesse conditionnelle, valable par temps calme, fragile par temps de crise.
Car c’est précisément dans les moments où l’investisseur a le plus besoin de vendre — lors d’un choc de marché, d’un besoin de trésorerie urgent — que la liquidité se dérobe. Azizov le confirme : « Les clients ne remarquent l’exécution que lorsque cela tourne mal et qu’ils doivent vendre des actifs à un prix réduit. » L’écart entre le prix affiché et le prix réellement obtenu, le fameux slippage, devient alors le vrai coût de l’investissement.
« Obtenir un client dans un fonds n’a jamais été aussi facile — mais après cela, la partie la plus difficile est encore à venir. »
Un quart des ETF cotés s’échangent dans le vide
Les données de marché corroborent ce diagnostic. Environ un quart des ETF cotés échangent moins de 5 000 titres par jour — un volume si faible qu’il suffit d’un ordre de taille modeste pour déplacer significativement le prix. Dans ces conditions, la fourchette acheteur-vendeur (bid-ask spread) s’élargit, les teneurs de marché se raréfient, et l’investisseur se retrouve contraint de brader sa position ou d’attendre des jours pour l’écouler sans trop de casse.
Ce phénomène est particulièrement marqué pour les ETF thématiques ou sectoriels — intelligence artificielle, cryptomonnaies, matières premières exotiques — dont les sous-jacents sont eux-mêmes peu liquides. La structure ETF ne crée pas de liquidité là où il n’en existe pas : elle la réplique, avec ses limites.
La tentation des produits exotiques
L’afflux de nouveaux produits n’est pas neutre. Il répond à une demande comportementale documentée : celle d’investisseurs en quête de différenciation, attirés par des ETF de niche promettant d’accéder à des secteurs sous-représentés ou à des innovations de rupture. La psychologie du « nouveau » joue à plein — et les émetteurs l’ont bien compris, multipliant les lancements sur des thématiques de plus en plus étroites.
Le problème est mécanique : plus le thème est spécifique, plus le panier de titres sous-jacents est concentré et peu liquide. Un ETF sur les semi-conducteurs taïwanais de seconde capitalisation ou sur les obligations d’entreprises africaines en devise locale peut afficher une valeur liquidative quotidienne rassurante — jusqu’au jour où les conditions de marché se dégradent et où les arbitragistes, qui assurent normalement la convergence entre prix de marché et valeur intrinsèque, se retirent.
Ce que l’investisseur français doit garder en tête
En France, les ETF sont accessibles via PEA, assurance-vie ou compte-titres ordinaire, chaque enveloppe ayant ses propres contraintes de liquidité et de fiscalité. Un ETF éligible au PEA doit répliquer un indice composé d’au moins 75 % de titres européens — ce qui exclut de facto la plupart des produits exotiques évoqués ici. Par ailleurs, certains contrats d’assurance-vie imposent des délais de rachat pouvant aller jusqu’à plusieurs semaines, ajoutant une couche de rigidité supplémentaire à celle inhérente au produit lui-même.
Avant d’investir dans un ETF peu liquide, trois indicateurs méritent une attention systématique :
- le volume quotidien moyen échangé sur les six derniers mois;
- la fourchette bid-ask en conditions normales de marché;
- la liquidité des titres composant l’indice répliqué.
Ces données sont accessibles sur les fiches produits réglementaires (DICI/KID) et sur les plateformes spécialisées.
La liquidité ne se lit pas dans un prospectus
L’essor des ETF est une bonne nouvelle pour la démocratisation de l’investissement. Mais la multiplication des produits crée mécaniquement un tri sélectif que le marché finira par opérer — souvent brutalement, et aux dépens des derniers entrés. La facilité d’accès ne doit pas être confondue avec l’absence de risque. Un instrument coté en bourse n’est liquide que si quelqu’un accepte de l’acheter au prix souhaité, au moment souhaité. Cette évidence, trop souvent oubliée dans les phases d’euphorie, reprend toute sa force quand les marchés se retournent.











