L’émergence dynamique des ETF actifs pour les conseillers financiers

La montée en puissance des ETF actifs : opportunité réelle ou effet de mode ? En juin 2025, les actifs des ETF actifs à l'échelle mondiale ont franchi le seuil de 1 500 milliards de dollars, soit une progression de 26,7 % en six mois seulement. Sur la même période, 953 nouvelles stratégies ont été lancées, représentant 84 % de l'ensemble des nouveaux ETF émis. Ces chiffres, aussi spectaculaires soient-ils, méritent d'être lus avec discernement. Une adoption accélérée, mais encore concentrée L'engouement des conseillers financiers pour ces instruments est documenté : en 2024, 40 % d'entre eux avaient intégré des ETF actifs dans les portefeuilles de leurs clients, contre 13 % seulement en 2022, avec une allocation moyenne avoisinant 21 % selon Fidelity. Les flux nets ont atteint 470 milliards de dollars en 2025, en hausse de 59 % sur un an, représentant 32 % de l'ensemble des flux ETF d'après J.P. Morgan Asset Management. Certaines projections évoquent même une allocation pouvant atteindre 60 % des actifs conseillés à moyen terme. Ces trajectoires sont réelles, mais leur interprétation exige de la prudence. Une adoption rapide par les conseillers ne signifie pas nécessairement une surperformance avérée des stratégies sous-jacentes. La littérature académique reste sévère : sur longue période, la majorité des fonds actifs ne bat pas leur indice de référence après frais. Les ETF actifs ne dérogent pas mécaniquement à cette réalité, même si leur structure fiscalement efficace et leur liquidité intrajournalière constituent des avantages structurels indéniables par rapport aux fonds …

La montée en puissance des ETF actifs : opportunité réelle ou effet de mode ?

En juin 2025, les actifs des ETF actifs à l’échelle mondiale ont franchi le seuil de 1 500 milliards de dollars, soit une progression de 26,7 % en six mois seulement. Sur la même période, 953 nouvelles stratégies ont été lancées, représentant 84 % de l’ensemble des nouveaux ETF émis. Ces chiffres, aussi spectaculaires soient-ils, méritent d’être lus avec discernement.

Une adoption accélérée, mais encore concentrée

L’engouement des conseillers financiers pour ces instruments est documenté : en 2024, 40 % d’entre eux avaient intégré des ETF actifs dans les portefeuilles de leurs clients, contre 13 % seulement en 2022, avec une allocation moyenne avoisinant 21 % selon Fidelity. Les flux nets ont atteint 470 milliards de dollars en 2025, en hausse de 59 % sur un an, représentant 32 % de l’ensemble des flux ETF d’après J.P. Morgan Asset Management. Certaines projections évoquent même une allocation pouvant atteindre 60 % des actifs conseillés à moyen terme.

Ces trajectoires sont réelles, mais leur interprétation exige de la prudence. Une adoption rapide par les conseillers ne signifie pas nécessairement une surperformance avérée des stratégies sous-jacentes. La littérature académique reste sévère : sur longue période, la majorité des fonds actifs ne bat pas leur indice de référence après frais. Les ETF actifs ne dérogent pas mécaniquement à cette réalité, même si leur structure fiscalement efficace et leur liquidité intrajournalière constituent des avantages structurels indéniables par rapport aux fonds communs de placement traditionnels.

Un contexte de marché favorable, pas une garantie

La dynamique observée depuis 2022 s’est construite dans un environnement de hausse des taux et de volatilité accrue — précisément les conditions où la gestion active peut, en théorie, démontrer sa valeur ajoutée par rapport à une réplication indicielle passive. Holly Framsted, responsable mondiale des produits chez Capital Group, résume l’argument commercial : « Vous pouvez libérer votre temps pour gérer les investissements et le réaffecter vers le service client et l’acquisition de nouveaux clients. » L’argument est séduisant, mais il confond l’efficacité opérationnelle de l’enveloppe ETF avec la pertinence de la stratégie active qu’elle contient.

« Vous pouvez libérer votre temps pour gérer les investissements et le réaffecter vers le service client et l’acquisition de nouveaux clients. »

En France, le cadre réglementaire ajoute une couche de complexité souvent négligée. Les ETF actifs éligibles au PEA restent rares, et leur traitement fiscal dans une assurance-vie dépend des conditions propres à chaque contrat. Les conseillers en gestion de patrimoine (CGP) soumis à la directive MIF 2 doivent par ailleurs justifier la pertinence de chaque instrument au regard du profil de risque du client — ce qui implique une analyse des frais de gestion, souvent plus élevés que ceux des ETF passifs, et de leur impact réel sur la performance nette.

Ce que les chiffres ne disent pas

La multiplication des lancements — 953 nouvelles stratégies en 2025 — est aussi le signe d’une industrie en quête de marges. Les ETF actifs génèrent des revenus de gestion nettement supérieurs à leurs homologues passifs. Cette réalité économique n’invalide pas leur intérêt pour l’investisseur, mais elle invite à examiner chaque stratégie sur ses mérites propres : track record, niveau de frais, cohérence de la philosophie de gestion et liquidité réelle du sous-jacent.

La gestion active en format ETF représente une évolution structurelle du secteur, pas une révolution des performances. Pour les conseillers comme pour leurs clients, l’enjeu n’est pas de suivre la tendance, mais de distinguer les stratégies qui justifient leur coût de celles qui surfent sur un effet de mode bien orchestré.