L'or en chute libre : correction passagère ou fin d'un cycle ? Le marché de l'or traverse une zone de turbulences inédite depuis plus d'une décennie. Au deuxième trimestre 2025, le métal précieux a enregistré sa pire performance trimestrielle en treize ans, avec un repli de 26 % par rapport à son record historique de 5 586,20 dollars l'once — un sommet atteint dans un contexte de tensions géopolitiques et de défiance monétaire généralisée. Le prix est ainsi retombé sous les 4 000 dollars l'once, un niveau qui n'avait plus été observé depuis novembre 2024. La question qui s'impose n'est pas tant de savoir si l'or a perdu de sa superbe, mais de comprendre ce que cette correction révèle des équilibres profonds du marché. Une correction mécanique, pas une capitulation La relation entre taux d'intérêt et prix de l'or est l'une des plus documentées en finance. Lorsque les rendements réels progressent, le coût d'opportunité de détenir un actif non productif comme l'or augmente mécaniquement, pesant sur sa valorisation. Ce schéma classique explique en partie la pression observée au deuxième trimestre. Les craintes persistantes autour d'un resserrement monétaire prolongé des grandes banques centrales ont alimenté des arbitrages défavorables au métal jaune. Toutefois, réduire cette correction à un simple effet de taux serait une lecture trop étroite. Les données de demande racontent une histoire plus nuancée : en 2025, la demande américaine d'or a bondi de 140 % en glissement annuel pour atteindre 679 tonnes, son plus haut niveau depuis 2020, selon …
Les prévisions alarmantes pour l’or face aux hausses de taux

L’or en chute libre : correction passagère ou fin d’un cycle ?
Le marché de l’or traverse une zone de turbulences inédite depuis plus d’une décennie. Au deuxième trimestre 2025, le métal précieux a enregistré sa pire performance trimestrielle en treize ans, avec un repli de 26 % par rapport à son record historique de 5 586,20 dollars l’once — un sommet atteint dans un contexte de tensions géopolitiques et de défiance monétaire généralisée. Le prix est ainsi retombé sous les 4 000 dollars l’once, un niveau qui n’avait plus été observé depuis novembre 2024. La question qui s’impose n’est pas tant de savoir si l’or a perdu de sa superbe, mais de comprendre ce que cette correction révèle des équilibres profonds du marché.
Une correction mécanique, pas une capitulation
La relation entre taux d’intérêt et prix de l’or est l’une des plus documentées en finance. Lorsque les rendements réels progressent, le coût d’opportunité de détenir un actif non productif comme l’or augmente mécaniquement, pesant sur sa valorisation. Ce schéma classique explique en partie la pression observée au deuxième trimestre. Les craintes persistantes autour d’un resserrement monétaire prolongé des grandes banques centrales ont alimenté des arbitrages défavorables au métal jaune.
Toutefois, réduire cette correction à un simple effet de taux serait une lecture trop étroite. Les données de demande racontent une histoire plus nuancée : en 2025, la demande américaine d’or a bondi de 140 % en glissement annuel pour atteindre 679 tonnes, son plus haut niveau depuis 2020, selon le World Gold Council. Ce paradoxe apparent — prix en baisse, demande en hausse — mérite qu’on s’y attarde.
Les ETF d’or, nouveaux piliers de la demande
La structure de cette demande a profondément évolué. Les ETF adossés à l’or ont capté 437 tonnes sur l’année, portant les encours totaux à un niveau record de 2 019 tonnes, soit environ 280 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Les seuls flux nord-américains ont représenté 62 % des entrées mondiales au troisième trimestre, avec 16 milliards de dollars nets collectés sur la période, et 37 milliards depuis le début de l’année à fin septembre, toujours selon le World Gold Council.
Ce mouvement traduit une réallocation structurelle : à mesure que la Réserve fédérale amorce un cycle d’assouplissement et que les rendements des liquidités s’érodent, les investisseurs — y compris les particuliers, dont la participation aux ETF or a nettement progressé depuis mi-2024 — cherchent des alternatives de préservation du capital. L’or ne joue plus seulement le rôle de couverture contre l’inflation ; il devient un instrument de diversification à part entière dans des portefeuilles fragilisés par l’incertitude géopolitique et la volatilité obligataire.
Des prévisions ambitieuses à relativiser
Du côté des anticipations, les projections circulent avec une générosité qui appelle à la prudence. Samantha Dart, analyste chez Goldman Sachs, ancre sa prévision à 4 900 dollars l’once d’ici fin 2026, en s’appuyant sur la diversification des réserves des banques centrales des marchés émergents — un facteur structurel crédible, documenté par plusieurs années de flux d’achats souverains. Les analystes d’UBS maintiennent quant à eux que « le cas d’investissement à long terme pour l’or reste positif », une formulation prudente qui reflète davantage une conviction de fond qu’une thèse de trading.
« la prudence qui appelle à la prudence »
D’autres projections, évoquant des niveaux compris entre 5 400 et 6 300 dollars d’ici fin 2026, voire 10 000 dollars à l’horizon 2031, relèvent d’un exercice spéculatif dont la méthodologie reste opaque. Ces chiffres, repris sans source institutionnelle vérifiable, doivent être traités avec le scepticisme qu’ils méritent. En matière de prévision du prix de l’or sur cinq ans, l’humilité analytique est de rigueur : aucun modèle n’a su anticiper la trajectoire du métal ces trois dernières années.
Ce que l’investisseur français doit retenir
Pour un épargnant français, l’exposition à l’or soulève des questions spécifiques. L’achat physique — lingots ou pièces — est soumis à une fiscalité particulière : la taxe forfaitaire sur les métaux précieux s’élève à 11,5 % du prix de cession (dont 0,5 % de CRDS), applicable dès le premier euro, sauf option pour le régime des plus-values de droit commun avec abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième, conduisant à une exonération totale après 22 ans. Les ETF or cotés en euros, accessibles via un compte-titres ordinaire, offrent une alternative liquide mais ne bénéficient pas de l’enveloppe fiscale du PEA, contrairement à certains fonds actions européens.
La correction actuelle ne signe pas la mort de l’or comme actif de diversification. Elle rappelle, en revanche, que même les valeurs refuges ont leurs cycles, et que l’entrée sur un actif après un rally de plusieurs années comporte des risques que le discours marketing tend à minimiser. La vigilance analytique reste, ici comme ailleurs, la première des protections.










