Wall Street 2025 : des primes record qui masquent des fragilités structurelles En 2025, la prime moyenne versée sur Wall Street a atteint 246 900 dollars, soit une hausse de 6 % sur un an, selon les données publiées par le contrôleur de l'État de New York, Thomas DiNapoli. Le pool total de bonus a progressé de 9 % pour s'établir à 49,2 milliards de dollars, porté par des bénéfices sectoriels en hausse de 30 % à 65,1 milliards de dollars. Des chiffres qui témoignent d'une résilience indéniable du secteur financier américain — mais qui méritent d'être lus avec lucidité. Des moteurs de croissance concentrés sur quelques activités La performance de 2025 ne doit pas être lue comme un succès uniforme. Elle repose sur des moteurs précis et, pour certains, conjoncturels. La volatilité des marchés financiers, alimentée par les incertitudes géopolitiques, a dopé les revenus de trading : Goldman Sachs a ainsi enregistré une progression de 36 % de ses revenus sur actions. Dans le même temps, l'indice S&P 500 a affiché un rendement de 18 % sur l'année, renforçant mécaniquement les profits des desks actions. L'autre catalyseur majeur est structurel : le financement des infrastructures liées à l'intelligence artificielle a généré une explosion des activités de souscription de dette. Morgan Stanley a ainsi enregistré 785 millions de dollars de revenus sur ce segment au dernier trimestre, en hausse de 93 %. Ce flux, encore récent, soulève une question légitime : s'agit-il d'une tendance durable ou d'un cycle de financement …
Wall Street 2025 : des primes savoureuses mais un marché du travail fragile

Wall Street 2025 : des primes record qui masquent des fragilités structurelles
En 2025, la prime moyenne versée sur Wall Street a atteint 246 900 dollars, soit une hausse de 6 % sur un an, selon les données publiées par le contrôleur de l’État de New York, Thomas DiNapoli. Le pool total de bonus a progressé de 9 % pour s’établir à 49,2 milliards de dollars, porté par des bénéfices sectoriels en hausse de 30 % à 65,1 milliards de dollars. Des chiffres qui témoignent d’une résilience indéniable du secteur financier américain — mais qui méritent d’être lus avec lucidité.
Des moteurs de croissance concentrés sur quelques activités
La performance de 2025 ne doit pas être lue comme un succès uniforme. Elle repose sur des moteurs précis et, pour certains, conjoncturels. La volatilité des marchés financiers, alimentée par les incertitudes géopolitiques, a dopé les revenus de trading : Goldman Sachs a ainsi enregistré une progression de 36 % de ses revenus sur actions. Dans le même temps, l’indice S&P 500 a affiché un rendement de 18 % sur l’année, renforçant mécaniquement les profits des desks actions.
L’autre catalyseur majeur est structurel : le financement des infrastructures liées à l’intelligence artificielle a généré une explosion des activités de souscription de dette. Morgan Stanley a ainsi enregistré 785 millions de dollars de revenus sur ce segment au dernier trimestre, en hausse de 93 %. Ce flux, encore récent, soulève une question légitime : s’agit-il d’une tendance durable ou d’un cycle de financement appelé à se normaliser ?
Une distribution des primes loin d’être homogène
Derrière la moyenne de 246 900 dollars se cache une réalité segmentée. Les professionnels du trading et de la vente d’actions ont bénéficié des hausses les plus marquées, entre 15 % et 25 %. Les banquiers en souscription d’actions ont vu leurs primes progresser plus modestement, de 5 % à 8 %. À l’inverse, les équipes de gestion d’actifs ont subi des baisses comprises entre 5 % et 10 %, victimes d’une compression structurelle des marges face à la montée en puissance des ETF à bas coûts. Cette divergence illustre une redistribution interne des revenus au sein même des grandes banques, qui reflète les mutations profondes du secteur.
Un impact fiscal réel, mais une dépendance à surveiller
Thomas DiNapoli l’a formulé sans détour : « Lorsque Wall Street va bien, c’est bon pour nos budgets d’État et de ville. » La mécanique est simple — des primes élevées génèrent des recettes fiscales substantielles via l’impôt sur le revenu des particuliers et les taxes sur les sociétés, alimentant directement les finances publiques de l’État de New York. Avec un pool de 49,2 milliards de dollars distribués en 2025, l’effet sur les recettes fiscales de l’État de New York est loin d’être négligeable.
« Lorsque Wall Street va bien, c’est bon pour nos budgets d’État et de ville. »
Mais cette dépendance est aussi une vulnérabilité. Les budgets publics new-yorkais sont structurellement exposés aux cycles de Wall Street : un retournement de marché se traduit quasi mécaniquement par un choc fiscal. Cette corrélation, bien documentée lors des crises de 2001 et 2008, n’a pas disparu. Elle invite à une prudence budgétaire que les années fastes ont tendance à éroder.
Le paradoxe de l’emploi : plus de primes, moins de postes
Le chiffre le plus révélateur est peut-être celui-là : le secteur des valeurs mobilières ne compte plus que 198 200 emplois à New York. Cette contraction des effectifs, concomitante à une hausse des primes, traduit une logique de concentration des gains sur un nombre réduit de profils à haute valeur ajoutée. Les suppressions de postes dans la finance touchent en priorité les fonctions support, les middle et back-offices, progressivement automatisés. La richesse produite est plus concentrée, pas plus diffuse.
C’est précisément ce paradoxe qui devrait alerter les décideurs publics : une industrie capable de générer des primes record tout en réduisant sa base d’emploi n’est pas nécessairement un moteur de croissance inclusive. Elle reste un contributeur fiscal majeur — mais un contributeur dont la base se rétrécit, et dont la volatilité intrinsèque peut transformer une bonne nouvelle budgétaire en déficit structurel en l’espace d’un exercice.











