L'écart de préparation financière des femmes : entre richesse croissante et vulnérabilité persistante Les femmes devraient contrôler plus de 40 % de la richesse mondiale d'ici 2030. Ce chiffre, régulièrement cité par les acteurs de la gestion de patrimoine — dont Forvis Mazars dans ses publications récentes —, est devenu un argument commercial autant qu'un constat sociologique. Pourtant, derrière cette projection flatteuse se cache une réalité bien moins reluisante : seulement 32 % des femmes aisées se déclarent prêtes à faire face à leurs besoins de soins à long terme, et à peine 29 % estiment pouvoir absorber les coûts liés au vieillissement. L'accumulation de richesse ne suffit pas à garantir la maîtrise de son patrimoine. Cette déconnexion n'est pas anecdotique. Elle traduit un déficit structurel de planification financière à long terme qui touche même les femmes les mieux dotées. Une enquête HSBC révèle que 70 % des femmes aisées estiment qu'une éducation financière adaptée à leur étape de vie améliorerait significativement leurs décisions — aveu implicite que les outils et les discours actuels ne leur correspondent pas. Seules 49 % se disent très confiantes dans leur planification financière, un taux qui interroge sur la qualité de l'accompagnement proposé par le secteur. Racquel Oden, responsable de la gestion de patrimoine chez HSBC, formule un diagnostic sans détour : « 80 % des femmes deviendront à un moment donné responsables des finances de leur ménage, souvent de manière inattendue en raison de circonstances comme le veuvage ou le divorce. » (American …
L’écart de préparation financière des femmes : une crise à combler

L’écart de préparation financière des femmes : entre richesse croissante et vulnérabilité persistante
Les femmes devraient contrôler plus de 40 % de la richesse mondiale d’ici 2030. Ce chiffre, régulièrement cité par les acteurs de la gestion de patrimoine — dont Forvis Mazars dans ses publications récentes —, est devenu un argument commercial autant qu’un constat sociologique. Pourtant, derrière cette projection flatteuse se cache une réalité bien moins reluisante : seulement 32 % des femmes aisées se déclarent prêtes à faire face à leurs besoins de soins à long terme, et à peine 29 % estiment pouvoir absorber les coûts liés au vieillissement. L’accumulation de richesse ne suffit pas à garantir la maîtrise de son patrimoine.
Cette déconnexion n’est pas anecdotique. Elle traduit un déficit structurel de planification financière à long terme qui touche même les femmes les mieux dotées. Une enquête HSBC révèle que 70 % des femmes aisées estiment qu’une éducation financière adaptée à leur étape de vie améliorerait significativement leurs décisions — aveu implicite que les outils et les discours actuels ne leur correspondent pas. Seules 49 % se disent très confiantes dans leur planification financière, un taux qui interroge sur la qualité de l’accompagnement proposé par le secteur.
Racquel Oden, responsable de la gestion de patrimoine chez HSBC, formule un diagnostic sans détour : « 80 % des femmes deviendront à un moment donné responsables des finances de leur ménage, souvent de manière inattendue en raison de circonstances comme le veuvage ou le divorce. » (American Banker) Ce basculement brutal — héritage, séparation, décès du conjoint — survient précisément quand la préparation fait défaut. Oden qualifie ouvertement la situation de crise, ce qui, venant d’une dirigeante d’une banque privée mondiale, mérite d’être pris au sérieux plutôt que lu comme un simple argument de prospection.
« 80 % des femmes deviendront à un moment donné responsables des finances de leur ménage, souvent de manière inattendue en raison de circonstances comme le veuvage ou le divorce. »
La dimension du phénomène prend une autre ampleur à l’échelle américaine. Oden évoque un grand transfert de patrimoine estimé à 124 000 milliards de dollars aux États-Unis d’ici 2048, dont environ 70 % devraient transiter vers des femmes et les nouvelles générations. Si ces projections restent à nuancer — elles émanent d’études commanditées par des acteurs du secteur financier qui ont tout intérêt à mobiliser cette clientèle —, elles signalent néanmoins une mutation profonde des équilibres patrimoniaux. La question n’est plus de savoir si les femmes hériteront de davantage de richesse, mais si elles seront en mesure de la gérer, de la faire fructifier et de la transmettre à leur tour.
En France, le contexte présente ses propres spécificités. Les inégalités de retraite entre femmes et hommes restent marquées : selon la Drees, la pension moyenne des femmes est inférieure d’environ 40 % à celle des hommes, conséquence directe des carrières hachées, du temps partiel subi et des interruptions liées aux responsabilités familiales. Cette réalité rend d’autant plus urgente une épargne retraite individuelle — PER, assurance-vie — construite tôt et de manière autonome, sans dépendre exclusivement des droits acquis dans le cadre d’un couple.
Oden rappelle enfin qu’il n’est jamais trop tard pour engager une démarche de planification, même après 40 ou 50 ans. C’est vrai, mais cette rassurance ne doit pas masquer le coût réel du retard : chaque année sans épargne investie représente des intérêts composés perdus, une couverture de dépendance plus coûteuse à construire, une marge de manœuvre réduite. La confiance financière ne se décrète pas ; elle se construit par l’accès à une information rigoureuse, un accompagnement professionnel indépendant et, surtout, une prise en main personnelle qui ne délègue pas entièrement les décisions patrimoniales à un conjoint ou à un conseiller.
L’enjeu, en définitive, n’est pas de créer une finance « pour femmes » aux contours marketing douteux. C’est de reconnaître que des trajectoires de vie différentes — interruptions de carrière, longévité supérieure, prise en charge des proches — appellent des stratégies patrimoniales spécifiques, construites sur des données réelles et non sur des projections optimistes.











