Entrepreneurs 2023 : l'optimisme à l'épreuve de l'incertitude En 2023, un paradoxe saisissant s'est imposé dans le monde entrepreneurial : 80 % des dirigeants se déclaraient pessimistes sur la situation économique globale, mais 65 % restaient confiants dans la croissance de leur propre entreprise, selon le rapport Stripe Insights 2023. Cette dissonance entre macro-pessimisme et micro-optimisme n'est pas anodine — elle révèle une capacité d'adaptation qui mérite d'être analysée avec rigueur, sans verser dans l'hagiographie du « résilient entrepreneur ». Un optimisme entrepreneurial structuré, mais géographiquement inégal L'enquête UBS Global Entrepreneur Report offre un éclairage plus précis sur cette dynamique. 68 % des entrepreneurs interrogés se déclarent optimistes quant à leurs perspectives d'affaires pour les douze prochains mois, portés principalement par une demande client en hausse (64 % des répondants) et des avancées technologiques rapides (34 %). Mais ces chiffres agrégés masquent des disparités significatives : la Suisse affiche un taux d'optimisme de 83 %, l'Europe de 74 %, des écarts qui reflètent autant les différences de tissu économique que de maturité des marchés locaux. Les intentions d'embauche confirment cette tendance. 80 % des entrepreneurs prévoient d'augmenter leurs effectifs sur cinq ans, avec des pointes à 94 % aux États-Unis et 86 % en Europe. Benjamin Cavalli, responsable des clients stratégiques chez UBS, résume ainsi l'état d'esprit dominant : « Les entrepreneurs abordent cette année avec une résilience remarquable et un nouveau sens de l'ambition. » Une formule séduisante, mais qui gagnerait à être tempérée par les réalités du financement …
De la résilience à la croissance : le parcours des entrepreneurs en temps de crise

Entrepreneurs 2023 : l’optimisme à l’épreuve de l’incertitude
En 2023, un paradoxe saisissant s’est imposé dans le monde entrepreneurial : 80 % des dirigeants se déclaraient pessimistes sur la situation économique globale, mais 65 % restaient confiants dans la croissance de leur propre entreprise, selon le rapport Stripe Insights 2023. Cette dissonance entre macro-pessimisme et micro-optimisme n’est pas anodine — elle révèle une capacité d’adaptation qui mérite d’être analysée avec rigueur, sans verser dans l’hagiographie du « résilient entrepreneur ».
Un optimisme entrepreneurial structuré, mais géographiquement inégal
L’enquête UBS Global Entrepreneur Report offre un éclairage plus précis sur cette dynamique. 68 % des entrepreneurs interrogés se déclarent optimistes quant à leurs perspectives d’affaires pour les douze prochains mois, portés principalement par une demande client en hausse (64 % des répondants) et des avancées technologiques rapides (34 %). Mais ces chiffres agrégés masquent des disparités significatives : la Suisse affiche un taux d’optimisme de 83 %, l’Europe de 74 %, des écarts qui reflètent autant les différences de tissu économique que de maturité des marchés locaux.
Les intentions d’embauche confirment cette tendance. 80 % des entrepreneurs prévoient d’augmenter leurs effectifs sur cinq ans, avec des pointes à 94 % aux États-Unis et 86 % en Europe. Benjamin Cavalli, responsable des clients stratégiques chez UBS, résume ainsi l’état d’esprit dominant : « Les entrepreneurs abordent cette année avec une résilience remarquable et un nouveau sens de l’ambition. » Une formule séduisante, mais qui gagnerait à être tempérée par les réalités du financement et des conditions de crédit, particulièrement contraignantes en 2023 dans un contexte de remontée des taux directeurs.
L’IA, levier de croissance ou effet d’annonce ?
L’intelligence artificielle s’est imposée comme le thème central des stratégies entrepreneuriales. 61 % des entrepreneurs interrogés par UBS y voient la plus grande opportunité commerciale des prochaines années, et 67 % anticipent un impact significatif de l’automatisation sur leurs opérations d’ici cinq ans. Une enquête KPMG révèle par ailleurs que 69 % des PDG mondiaux prévoyaient d’allouer jusqu’à 20 % de leur budget à l’IA dans l’année suivante — un engagement financier considérable qui suppose une maturité organisationnelle que toutes les PME ne possèdent pas encore.
Sur le terrain, les usages concrets restent souvent plus modestes que les déclarations d’intention. Les applications les plus répandues concernent l’automatisation des tâches administratives — saisie de données, gestion des e-mails, planification —, le déploiement de chatbots pour le service client, ou encore l’analyse prédictive appliquée à la gestion des stocks. Dans le secteur manufacturier, la maintenance prédictive via capteurs permet de réduire les temps d’arrêt non planifiés. Ces cas d’usage, à faible complexité technique, génèrent des gains de productivité mesurables sans nécessiter d’investissements massifs en infrastructure.
Les résultats sectoriels les plus documentés proviennent des grandes entreprises. Bank of America a déployé « Erica », un assistant IA ayant traité près de 3 milliards d’interactions clients. UnitedHealth revendique plus de 1 000 cas d’usage IA, de la prédiction des pathologies au traitement des réclamations. Dans le commerce de détail, une étude publiée sur arXiv (2024) évalue à 16,3 % la hausse des ventes attribuable à l’intégration de l’IA dans les processus commerciaux. Ces chiffres, issus de contextes très spécifiques, ne sauraient être généralisés sans précaution — mais ils illustrent l’ampleur des transformations en cours.
« Les entrepreneurs abordent cette année avec une résilience remarquable et un nouveau sens de l’ambition. »
Une étude menée par le Círculo de Empresarios et l’Association des journalistes économiques espagnole (APIE) apporte une nuance utile : si 90 % des entrepreneurs considèrent que l’IA améliore l’efficacité du travail, seuls 50 % estiment qu’elle contribue à la diversification des marchés et à l’augmentation des marges. L’IA est d’abord perçue comme un outil d’optimisation interne, pas encore comme un vecteur systématique de croissance externe.
L’expansion internationale, entre ambition et complexité opérationnelle
45 % des entrepreneurs envisagent d’étendre leurs activités à de nouveaux pays, selon l’enquête UBS. Cette appétence pour l’internationalisation s’appuie sur des projections de marché favorables : l’e-commerce mondial devrait atteindre 8 000 milliards de dollars d’ici 2026, les énergies renouvelables affichent une croissance annuelle anticipée de 21 % jusqu’en 2026, et le marché de l’IA générative pourrait dépasser 667 milliards de dollars d’ici 2030. L’Organisation mondiale du commerce estime par ailleurs que l’IA pourrait stimuler le commerce mondial de 34 % à 37 % d’ici 2040, en réduisant les frictions linguistiques et bureaucratiques.
Ces perspectives ne doivent pas occulter les obstacles structurels à l’expansion internationale. La volatilité monétaire et l’inflation constituent des freins majeurs — une enquête menée en Égypte indique que 44 % des entreprises locales citent la gestion de cette instabilité comme principal obstacle à leur développement. La conformité réglementaire dans les juridictions étrangères, la construction de partenariats locaux fiables et la gestion des risques géopolitiques représentent des coûts cachés que les projections de croissance tendent à sous-estimer. Les PME qui réussissent leur internationalisation sont généralement celles qui ont préalablement consolidé leur modèle domestique et disposent d’une capacité financière suffisante pour absorber les délais d’apprentissage.
Des signaux encourageants, une vigilance nécessaire
Le tableau d’ensemble qui se dessine pour 2023 est celui d’un entrepreneuriat mondial en phase d’adaptation active, tirant parti des outils technologiques disponibles tout en cherchant à diversifier ses sources de revenus. L’adoption de l’intelligence artificielle et l’ambition d’expansion internationale constituent les deux axes dominants de cette transformation. Mais l’optimisme affiché par les enquêtes doit être lu avec discernement : les intentions déclarées ne se traduisent pas toujours en décisions effectives, et les conditions de financement, la pression réglementaire et la concurrence internationale continuent de peser lourdement sur les trajectoires réelles des entreprises. Les entrepreneurs qui tireront leur épingle du jeu seront moins ceux qui auront suivi les tendances que ceux qui auront su les adapter à la réalité spécifique de leur marché et de leurs ressources.











